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Dernière mise à jour le : lundi 30 janvier 2012
"Nous ne naissons ni dans le
judaïsme, ni dans le christianisme, ni dans l’islam, nous naissons dans
l’humanité." Yeshayahou
Leibowitz "Le mystère de Dieu est "ce qui est de moi, qui ne pourrait pas être sans moi et qui est plus que de moi" . Marcel Légaut "La spiritualité, c'est le feu intérieur d'un être en recherche de conscience et de liberté au coeur d'un univers dont il est solidaire." Pierre de Locht "Dans le vrai rapport de la prière, ce n’est pas Dieu qui entend ce qu’on lui demande, mais celui qui prie, qui continue de prier jusqu’à être lui-même celui qui entend ce que Dieu veut." Sören Kierkegaard
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Prière pour nous tous
Que cette flamme soit le symbole de la
divine étincelle de lumière au cœur de tout être humain, http://eglise.unitarienne.francophone.over-blog.fr |
Je ne crois pas au dieu* qui dirigerait tout, tous les
évènements, chaque instant de nos vies.
Mais je crois en un Dieu qui crée nos libertés, quels que soient nos chemins.
Je ne crois pas au dieu qui laisserait tomber, après quelques années, ses
enfants au néant.
Mais je crois en un Dieu, Père toujours fidèle, serviteur de la vie.
Je ne crois pas au dieu qui pourrait décider de la mort des vivants, fixant le
jour et l’heure.
Mais je crois en un Dieu qui fait vivre les morts d’une étincelle de vie.
Je ne crois pas au dieu derrière les nuages, spectateur bien lointain de
l’histoire des hommes.
Mais je crois en un Dieu venu en Jésus-Christ * partager notre vie
Je ne crois pas au dieu surveillant pointilleux de tous nos manquements.
Mais je crois en un Dieu passionné de bonheur, vivant d’Esprit d’Amour,
dynamisant nos cœurs
Marcel Perrier, évêque de Pamiers
* dieu est écrit avec une minuscule pour les dieux en général et un dieu en particulier, mais avec une majuscule lorsqu'il s'agit du dieu des monothéistes, pour eux unique et seul existant : Dieu.♠ Chrétien, ai-je quelque chose en plus ?
Un ami chrétien m’écrit : « Deux "incroyants" devant qui je semblais soutenir que les chrétiens ont quelque chose de plus, se sont vivement récriés... Alors, qu'en penser ? ».
Je comprends la réaction de ces athées car on peut entendre cette affirmation : " nous, chrétiens, avons quelque chose en plus " sous sa forme logiquement inversée " les non chrétiens ont quelque chose en moins ". Un athée peut tenir en effet le raisonnement. "Nous avons plus de lucidité que vous. Nous ne vivons pas dans un monde imaginaire et merveilleux. Nous ne croyons pas aux « Pères Noëls » auxquels se réfèrent les croyants de toutes les religions. Nous ne sommes pas obéissants à des autorités qui prétendent parler au nom de Dieu et donc de l’Absolue vérité. Nous avons un esprit rationnel et critique".
Mais avant d’être croyants ou incroyants, ceci ou cela, de telle ou telle « tribu », nous sommes des êtres humains. Nous sommes tous et également des êtres humains.
C’est à partir de ce que nous sommes, de ce que nous changeons, que nous pouvons ou non vivre ensemble de façon féconde pour les uns ET les autres. Nous avons besoin les uns des autres dans cette vie, cette recherche. Car personne ne peut prétendre avoir seul ou en communauté identitaire la Vérité. On pourrait dire que c’est cet accueil absolument sincère et sans prétention d’en savoir plus, qui caractérise les chrétiens. Mais il y aurait alors beaucoup de chrétiens parmi les athées et beaucoup de non chrétiens parmi ceux qui se disent chrétiens !
Ce que nous sommes, chrétiens, la Foi qui est la nôtre, vient à l’évidence de notre éducation, nos choix, notre expérience, notre façon de vivre. Si j’étais né ailleurs, dans une autre famille, un autre pays, j’aurais été d’abord "convaincu" de la vérité du bouddhisme, de l’Islam, de l’animisme…ou d’une forme ou l’autre d’athéisme. Mais ce que j’ai reçu, enfant, ce n’est jamais la certitude. Il n’y a pas de savoir vrai qui ne soit pas passé par le doute qui accompagne toute démarche authentique : religieuse, philosophique ou scientifique. Le doute est un chemin nécessaire vers la vérité. La démarche intégriste selon laquelle on est sur une base inébranlable, on possède LA Vérité (qui peut être religieuse ou antireligieuse), appauvrit et étiole notre humanité. La démarche féconde de vie nous rend capables de nous ouvrir à la pensée, les cultures, les spiritualités des non chrétiens croyants ou non.
Alors que signifie être chrétien ? Ce n’est pas en assénant des vérités éternelles que Jésus procède dans l’évangile Car Jésus est humain comme nous. Et il rencontre des êtres humains auxquels il donne et dont il reçoit. Par exemple c’est une païenne de Tyr qui lui apprend que le Salut n’est pas réservé aux juifs. Et un athée aujourd’hui peut très bien nous apprendre que la sagesse, la morale ou même la spiritualité ne sont pas réservées aux chrétiens. Tout simplement il faut nous situer consciemment dans la lignée de ce que le maître spirituel Jésus a inauguré et de ce que ceux qui ont écrit les évangiles en ont compris. Nous sommes des héritiers. Mais pas des gardiens de musée. Il faut réaliser ce que nous avons reçu, en saisir l’esprit et non la lettre, le mouvement créateur et non le passé rigidifié et mort.
Bref, être chrétien, c’est être un homme ou une femme comme les autres qui dispose d’un référent : Jésus et l’évangile. Un être humain qui est en débat et en dialogue avec les autres hommes, en cherchant à être lucide sur ce qu’il croit et ne croit pas, sur ce qu’il sait et ne sait pas, sur le sens qu’il pense juste et ce qu’il rejète. Le croyant n’a pas quelque chose de plus que l’incroyant. Il a une façon personnelle de penser et de vivre comme l’incroyant à la sienne et nous avons les uns et les autres à donner et recevoir. C’est ainsi qu’ensemble dans un échange rigoureux et exigeant de part et d’autre, nous progresserons en connaissance et en réalisation de plus d’humanité.
C’est en refusant ce dialogue soit par scepticisme et tolérance "molle" (tout le monde a raison), soit au contraire par intégrisme et intolérance que nous faisons reculer l’humain et la recherche de la vérité et du sens.
Jean Riedinger
♠ Jésus n’a pas fondé de religion.
La vérité sur Jésus, selon “ Chrétiens pour changer le monde ”, la voici en deux mots :
Jésus
est resté fidèle à celle de ses ancêtres toute sa vie. Sa religion,
ce n’est pas le christianisme, mais le judaïsme qui se pratique toujours. Jésus
se comporte en bon juif quand il se rend dans les synagogues ou au Temple à
Jérusalem, quand on lui donne à lire une page du prophète Isaïe, ou quand, en
bon rabbin, il enseigne la règle d’or : “ Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu,
de tout ton cœur et de tout ton esprit ; et tu aimeras ton prochain comme
toi-même ”. (Mc 12, v. 29-31; cf. Lév. 19 v.18)
Suivre Jésus, ce n’est donc pas avoir à renoncer à sa religion, à sa culture. Au contraire, c’est reconnaître que la religion est un fait culturel, social, qu’il n’y a pas de communauté humaine sans langue, sans religion, sans ordre social. Et chacun, autant que faire se peut, est appelé à développer les siennes pour le plus grand bénéfice de la diversité culturelle.
De même qu’il n’y a pas de langue plus valable que d’autres, de même il n’y a pas de religion plus vraie que d’autres. Jésus n’est pas venu nous apporter une religion soi disant la vraie, que nous devons chercher à imposer aux autres. Toute religion est vraie religion, religion de “ sacrifices et de sacrificateurs ”, religion du décalogue, c’est-à-dire des commandements si indispensables pour le vivre ensemble dans nos sociétés.
Pas de communauté humaine sans langue, sans religion, sans commandements : Tu ne voleras pas, tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne mentiras pas, tu honoreras ton père et ta mère… Partout, des prêtres et des prêtresses, des lieux sacrés, des objets du culte, des jours sacrés, etc. Jésus nous laisse à nos religions. Toutes les religions sont au service de l’ordre social et de la promotion humaine.
Au-delà de leur diversité, les religions ont un fond anthropologique commun : la mise en relation avec la transcendance au nom varié (Zeus, Dieu, Allah, Mawou, Vodun, God, Olou, etc.). La religion comme la langue est un produit des communautés humaines ; sous ce rapport, elle est un fait socioculturel. Mais le fond anthropologique commun propre aux différentes religions les rend aptes à être transculturelles.
L’homme commence souvent par la religion de ses pères mais, comme pour les langues, il peut trouver son compte en passant d’une religion à l’autre. La religion de Jésus, nous l’avons dit, c’est le judaïsme, la religion de ses pères. Il y est resté toute sa vie. Mais à la Samaritaine, il a pu dire que la religion, dans sa forme habituelle, sociologique, n’était pas un absolu. Il peut être donné à certains de s’en passer pour chercher Dieu au fond d’eux-mêmes et l’adorer en esprit et en vérité. Chaque personne humaine est en effet un temple vivant de Dieu et, le plus souvent, c’est en ce temple que Jésus priait. C’est en ce temple qu’il nous invite à prier, dans le secret. Le temps de comprendre cela vient, et pour certains il est déjà là.
Mais en attendant de comprendre cela, et tant qu’on a besoin des béquilles d’une religion établie quelconque, il importe de se dire que toutes les religions sont vraies et sont un secours pour nos fragilités et nos angoisses. Elles correspondent à un besoin de l'homme et l'homme de tout temps en a été le créateur. Jésus n’est pas venu fonder une nouvelle religion. Sans lui, nous avons toujours su nous débrouiller comme il faut dans ce domaine.
Albert Gandonou
Pour en savoir plus sur “Chrétiens pour changer le monde” ou lire la suite cliquer ci dessous:
http://labesacedesunitariens.over-blog.com/article-17712001.html
♠ Je suis
Tant que tu croiras que le Dieu que tu cherches est caché là-haut dans le ciel,
Tant que tu croiras que ton salut se trouve dans les religions, les sectes, les gourous ou autres,
Tant que tu croiras que tu es trop petit pour te pardonner et que Dieu seul peut le faire,
Tant que tu croiras que ta pensée ne peut changer le monde,
Tant que tu croiras qu'il faut pardonner aux autres au lieu de les accepter tels qu'ils sont.
Tu es seul et prisonnier mon frère!
Si tu crois que le grain de sable fait partie du désert,
Si tu crois que l'arbre est forêt,
Si tu crois que la goutte d'eau s'appelle océan,
Si tu crois que ta pensée écrit le sort du monde,
Si tu crois que ton unité fait partie du tout,
Si tu crois que le Dieu que tu cherches est en toi, et que tu es toi-même Dieu.
Si tu crois que tu es assez grand pour te pardonner et accepter les autres,
Eh bien, tu es devenu l'humanité, le vent, les montagnes et tout ce que tu désires :
Tu es libre mon frère!
Marcel Gagnon
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♠ Communiqué de presse de l’Eglise réformée de Marseille :
Action chrétienne de carême 2008
Nous vivons actuellement des changements progressifs de la politique
d’immigration, qui nous inquiètent en tant que chrétiens, car ils sont pour nous
en contradiction avec les valeurs évangéliques de l’accueil et de la protection
du plus faible : depuis quelques années on considère les personnes immigrées en
France non comme des êtres humains égaux en dignité et en droit, mais comme une
matière économique soumise aux chiffrages du gouvernement : en 2002 il y avait
10 000 reconduites à la frontière, en 2007 l’objectif des expulsions était fixé
à 25 000 personnes. En 2008 le chiffre envisagé est de 30 000 personnes à
expulser.
L’histoire individuelle de chaque personne, de chaque famille, devient ainsi
sans importance : ce qui compte c’est d’atteindre les chiffres fixés.
Dans la politique actuelle la protection des personnes immigrées est
progressivement réduite :
- Nous protestons contre l’enfermement des étrangers adultes et enfants, dans
les centres de rétention administrative. Avec la pression des objectifs chiffrés
et l’encombrement des centres de rétention, nous assistons actuellement à une
utilisation accrue de ces locaux. Cette privation de liberté des personnes en
situation irrégulière les présente comme des criminels (avec toutes les
conséquences traumatisantes pour les adultes et encore plus les enfants). Cela
est pour nous en contradiction avec la dignité humaine qui est indépendante
d’une situation administrative.
- Nous protestons contre le projet de directive européenne sur la rétention et
l’expulsion des étrangers : cette directive prévoirait une rétention
administrative pouvant atteindre 18 mois (au lieu de 32 jours actuellement en
France) pour des personnes étrangères et instaurerait une interdiction du
territoire européen de 5 ans de pour toutes les personnes renvoyées. Ce projet
de directive ouvrirait, de fait, la voie à la généralisation d’une politique
d’internement des migrants.
Que voulons-nous faire ?
Le temps du carême est pour les chrétiens un temps de recueillement qui invite
les croyants à méditer sur leur propre vie en ayant à l'esprit le cheminement du
Christ jusqu'à la Croix. Cette démarche spirituelle a notamment pour but de
raviver la foi et de sortir les chrétiens de leur inertie, de leur
assoupissement. Ils sont invités à repenser ce qui est essentiel dans leur vie
et à emprunter un chemin d’engagement au service des autres, selon l’exemple du
Christ.
Nous invitons toutes les personnes sensibles à cette question à nous rejoindre
dans le silence.
Iris Reuter Terre
nouvelle - Eglise réformée de France
68 chemin des Baumillons 13015 Marseille tél. 04 91 51 49 77
iris.reuter@free.fr
Situation des centres de rétention administrative (CRA)
24 centres de rétention administrative (CRA) en France, c’est 1 800 places
disponibles dans des locaux qui vont de 8 à 280 places. En 2002 il y avait 700
places. Les CRA sont le plus souvent inconnus du public, qu’ils soient en pleine
ville ou près des aéroports. Mais ils existent et enferment de plus en plus de
personnes : 31 232 personnes en 2006 dont 197 enfants (près de 300 en 2007),
beaucoup étant nés en France.
Le centre de rétention à Marseille a vu augmenter sa capacité de 60 à 120 places
au mois de juin 2007 : 50 % des personnes retenues sont effectivement
reconduites à la frontière.
♠ Noël : L’Enfant et L’Espérance
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Sur ma fenêtre quatre bougies se consument Le vent des haines, les violences des absolus religieux et idéologiques Le vent des exploitations et des aliénations Le vent des injustices la souffle et l’éteint.
La deuxième est la Foi !
Tout est cru, tout est
croyable , tout est toléré, tout est tolérable… Cette bise glacée l’éteint.
Le vent du moi d’abord toujours partout Le vent du « tout se vend et tout s’achète »
L’étreint et l’éteint. Avide de paix, de confiance et d’amour.
La quatrième bougie est
l’Espérance. L'enfant tient la bougie Espérance...et rallume les trois autres.
Joyeux jour de naissance, joyeux jour de Noël… …des enfants naissent tous les jours
Le temps est venu de renaître et d’accoucher de toutes les renaissances.
Jean Riedinger Noël 2007 |
♠ Vivre, aimer la vie et ... message évangélique
Le message évangélique est avant tout un espoir, une ouverture, un respect. C’est un pressant appel à vivre, à aimer la vie, à aimer l’homme, les hommes… Comment peut-il parfois faire peur lorsqu’on le présente avec des menaces et des « commandements » puisqu’il s’agit avant tout de protéger, d’aider, de partager et non d'exclure :
Ce n’est pas la richesse qui est condamnée : le riche est invité à en user vraiment en s'inquiétant de la justice sociale…
Ce n’est pas l’acte sexuel ni son plaisir qui sont mis à l’index : l’homme et la femme peuvent jouir sans se dégrader, sans nuire…
Ce n'est pas l'autorité qui est critiquée mais celui qui en dispose n'a pas à dominer mais est invité à servir autrui…
Ce n’est pas la pratique religieuse qui est essentielle mais le respect du prochain…
Il ne nous appartient jamais de porter de jugements : des couples, des femmes choisissent un avortement … des homosexuels se marient… des jeunes vivent leur sexualité avant de s’engager… des buveurs, des voleurs, des violents, des égocentriques, des désespérés …
Tous, nous sommes aimés de Dieu et tous nous restons libres. L’évangile est pour nous tous. Tous, nous avons droit à être heureux, vraiment heureux. Tous, nous sommes invités…
à savoir que nous comptons, à croire que chacun de nous est précieux,
à partager peut-être nos espoirs, nos souffrances éventuelles, nos besoins,
à aimer la vie, à aimer vivre.
Il nous appartient avec tous les hommes d’accueillir les personnes pour que le respect, l’amitié, l’humanité l’emportent autant que possible sur la violence, la haine et l’inhumain. Il nous appartient aussi de créer les conditions sociales, économiques et politiques, permettant de respecter l’égalité, la liberté et la fraternité humaines.
Tract d'Espérance 54 Pour en savoir plus
♠ Quête de la foi et marginalité
A tel ami qui se demande : "Suis-je encore catholique ?" on pourrait répondre : "N'est-ce pas assez de te reconnaître chrétien ?" S'il se demande plus gravement : "Suis-je encore chrétien ?" la réplique pourrait être : "Mais n'es-tu pas attaché à la personne de Jésus de Nazareth, cet homme tellement accompli dans son humanité que beaucoup voient Dieu en lui ? Et ne te dis-tu pas attentif à vivre, tant bien que mal, selon son évangile ?"...
En marge de l'Institution ecclésiastique, faire vaciller des étiquettes qui relèvent plus de l'idéologie que de la foi, et voir s'effacer des cloisons interconfessionnelles… Utopies ? Ou exercice d'une liberté dont Jésus lui-même a donné un suprême exemple ?...
Sur le plan personnel, le croyant qui tente de vivre dans la fidélité à ce qu'il a perçu de l'Homme de Nazareth et de son évangile s'expose à devoir livrer un combat en lui-même, entre le vieux et le neuf, entre le mouvement et l'immobilité, au long d'un itinéraire assorti de nécessaires ruptures, en marche vers une inévitable marginalité …
Comment ne pas être plongé dans un certain désarroi, devant l'ampleur et la gravité des questions qui s'imposent à la conscience lucide, alors que s'effondre peu à peu tout l'édifice des croyances par lesquelles on avait cru trouver le sens de son existence, et que, dans le même temps, dans un monde en transformation accélérée, on voit grandir la foule des rejetés et des marginaux de la société, de ceux-là mêmes auxquels Jésus a accordé la priorité dans son action et sa prédication ?
Considérer cette complexe et mouvante situation, réaliser son impuissance devant la cruauté du réel… une telle prise de conscience est source de débats intimes où se retrouvent les deux options majeures que nous avons distinguées plus haut : d'une part, l'effort d'approfondissement personnel, l'interrogation sur le sens de sa vie et les sources de sa foi ; d'autre part, l'engagement solidaire, la lutte aux côtés de ceux dont la dignité est bafouée.
Finies, les facilités de croire, et la crédibilité des réponses assurées qui nous étaient données par les religions avant même que les questions ne soient existentiellement posées. Alors, à qui vous demande : "crois-tu en Dieu ?", comment répondre immédiatement de façon positive, quand on soupçonne quel contenu, quelles idées toutes faites peuvent se cacher derrière la question ?
C'est au point que, par une saine réaction, on voudrait pouvoir éviter l'emploi du mot "Dieu", qui peut n'être qu'un concept livré à l'inévitable dérive anthropomorphique, au glissement vers la superstition ou la mythologie, ou même vers une forme insidieuse d'idolâtrie… Mais alors, si l'on renonce à ce vocable, tellement marqué et comme valorisé par la patine des siècles, comment évoquer par le langage humain cette "grande question" qui fait que "l'homme passe l'homme", comme l'affirme Pascal ? Comment tenter d'appréhender l'indicible avec des mots, certes porteurs d'un poids d'humanité, mais qui ne peuvent être vrais qu'à de rares heures de lumière, des mots qui désignent des données vitales comme : la source, l'amour, la vie, la force, l'esprit, l'origine, le feu, le souffle, etc…? De tels mots permettront-ils d'approcher, mieux que par le silence, cette mystérieuse réalité trop facilement désignée par le vocable "Dieu", lequel rappelle le Zeus de la mythologie antique ?…
Guy Lecomte (Association Culturelle Marcel Légaut)
Que faisons-nous de notre vie, de nos journées, du temps qui passe ? Après quoi courons-nous sans cesse ? L'Avent (avant-Noël) nous pose ces questions et s'offre à nous comme un chemin de ronde qu'il nous faut emprunter revêtus de l'habit du veilleur.
Etre veilleur, c'est oser traverser la nuit pour la conduire au petit jour, c'est croire que les ténèbres feront place au grand jour. Etre veilleur, c'est accepter de ne pas laisser tomber les bras, pour ête témoin du jour qui se lève, pour dire à temps et contre-temps aux dormeurs comme aux insomniaques, à ceux qui attendent comme à ceux qui n'attendent plus rien, qu'un autre temps arrive. Etre veilleur, c'est mettre au monde du jour qui vient, ce qui reste du jour qui s'endort. Etre veilleur, c'est brandir l'espérance comme la lampe qui éclaire les pas du marcheur dans sa traversée de la nuit ! Etre veilleur, c'est nous revêtir pour le combat de la lumière, et sortir de notre sommeil ! L'Avent nous invite à déprogrammer le "trop prévu" pour faire place à Celui qui vient. Nous ne savons ni le jour ni l'heure.Il est déjà là, il est venu, il reviendra.
Benoît Gscwind, Revue "Prions en Eglise"
♠ Redécouverte de Jésus et destabilisation
Il y a une trentaine d'années, la "Quête du Jésus historique" a pris un tournant décisif. Il s'agit d'un mouvement, initié à la fin du XVIII° siècle, de chercheurs qui distinguaient le "Jésus de l'Histoire" du Chris de la foi.
Ce tournant décisif, ce fut la redécouverte d'un fait jusque là passé à la trappe : Jésus était juif. C'est évident, direz-vous ! Eh bien non, cela ne l'est pas. Le fondateur du christianisme, un youpin ? Jamais ! Notre Christ à nous, il est né à Rome, de culture gréco-latine, et il est peut-être mort à Auschwitz : cela, c'était politiquement correct.
Le grand public, en France et Allemagne, a été averti des progrès de la recherche au moment de la série d'émissions Corpus Christi : les origines du christianisme, projetées sur ARTE et produites par Mordillat et Prieur.
Ces deux auteurs ont ensuite publié deux livres sur le sujet : ils prennent des précautions de démineur pour en dire assez, sans en dire trop... Et c'est le cas de la plupart des historiens, théologiens et exégètes qui publient sur ce sujet.
En effet, découvrir Jésus tel qu'en lui-même - et non tel que l'ont transformé vingt siècles d'idéologie chrétienne, une idéologie fondatrice de notre civilisation, c'est extrêmement déstabilisant.
Je reçois ainsi des courriers de lecteurs, qui me disent combien ils ont été secoués en me lisant...
Quand j'ai rouvert moi-même ce dossier, vers 1994, j'ai été profondément perturbé : tout ce que j'avais appris, cru et cru savoir, s'écroulait. Des pans de murs, des murs entiers tombaient l'un après l'autre dans un nuage de décombres qui obscurcissaient la vue et empêchaient de respirer. Et puis, peu à peu, un visage s'est dégagé de l'épaisse poussière des gravats : le visage d'un homme infiniment attachant, aimable, aimant. Totalement subversif, mais en même temps totalement rempli de compassion, doux et humble de coeur.
Je voudrais rassurer ceux qui s'intéressent à cette "Quête du Jésus historique", et s'en trouvent déstabilisés.
D'abord, c'est la seuls chose qui "bouge" dans un paysage de post-chrétienté complètement désertique. L'Église ne se montre capable que de répéter ce qui a fait sa grandeur et sa puissance : sans se rendre compte que cette marchandise-là n'est plus achetée, qu'elle n'est même plus vendable...
Ensuite et sourtout, ils découvriront - s'ils sont honnêtes et résolus - ce visage tellement fascinant, ils entendront sa voix.
En découvrant ce qu'on lui a fait dire pour justifier le pouvoir de ce qui allait devenir l'Église, ils découvriront ce qu'il a vraiment dit ou voulu dire, ce qu'il a vraiment fait ou voulu faire.
Et cette découverte, my friends, elle est rafraîchissante, elle vous propulse en avant !
Il y faut de la patience, car les quêteurs du Jésus historique sont extrêmement discrets, on les entend à peine. Il y faut de la persévérance, car aucune Église n'est prête à relayer cette quête toute récente. On s'y sent un peu seuls...
Mais dès que le visage de Jésus sort de la poussière et de l'ombre, on n'est jamais plus seuls.
En mars 2008, sortira ches Albin Michel un court essai où je reprends les choses à la lumière des recherches les plus récentes. Je m'y attache pour commencer aux hériers présumés de Jésus, ceux sur lesquels nous avons des informations. Si par hasard cet essai est bien reçu par le public, il sera suivi d'un autre, qui pourrait s'intituler Jésus tel qu'en lui-même.
Et s'il fait un "flop", je retournerai à ma solitude habitée.
Courage donc à ceux qui cherchent : plus on s'avance vers cet homme, et plus le chemin semble court, la lumière vive, douce et paisible.
Michel Benoît, 20 novembre 2007 Blog http://michelbenoit17.over-blog.com/
Vers quel destin tragique va la création de Dieu ? Sur quelle terre vivrons nos petits-enfants ? Quelle est notre place, notre responsabilité dans cette histoire ?
Pour répondre à cette question, nous allons justement lire – et actualiser – une histoire, une vieille histoire de destruction et de salut.
Genèse 6.5-22
9 Voici l’histoire de la famille de Noé. Noé était un homme juste et irréprochable au milieu de ses contemporains. Il conduisait sa vie sous le regard de Dieu.
11 Aux yeux de Dieu, les hommes s’étaient corrompus et avaient rempli la terre d’actes de violence. 12 Dieu observait ce qui se passait sur la terre, il vit que le monde était corrompu, car toute l’humanité suivait la voie du mal. L’Eternel fut peiné d’avoir créé l’homme sur la terre, et il en eut le cœur très affligé
13 Alors Dieu dit à Noé :
—J’ai décidé de mettre fin à l’existence de toutes les créatures car, à cause des hommes, la terre est remplie d’actes de violence. Je vais les détruire ainsi que la terre. 14 Mais toi, construis un grand bateau en bois.
Et moi, je vais faire venir le déluge d’eau sur la terre pour détruire, sous le ciel, tout être animé de vie. Tout ce qui est sur la terre périra. 18 Mais j’établirai mon alliance avec toi et tu entreras dans le bateau, toi, tes fils, ta femme et tes belles-filles avec toi.
19 Tu feras aussi entrer dans le bateau un couple de tous les êtres vivants, c’est-à-dire un mâle et une femelle de tous les animaux, pour qu’ils restent en vie avec toi. 20 De toutes les sortes d’oiseaux, de quadrupèdes et d’animaux qui se meuvent à ras de terre, un couple viendra vers toi pour pouvoir rester en vie. 22 Noé obéit et fit tout comme Dieu le lui avait ordonné.
Dieu est en colère. Dieu est triste. Ce qu’il voit le peine profondément.
L’homme est violent. L’homme fait du mal. A lui-même, aux autres, et en particulier à la nature. L’homme ne pense qu’à lui, à son confort, à son ventre, à son porte-monnaie, à sa propre satisfaction, à son propre intérêt – et tout cela n’est pas très propre !!!
Il pense que tout est là pour lui, il croit qu’il peut profiter sans limites des ressources que la nature lui offre gratuitement. Pour assouvir ses besoins – surtout ses besoins superflus – l’homme construit des usines, il défigure le paysage, il noircit la terre, il enfume le ciel ; il ne prend pas garde aux conséquences de son désir d’avoir toujours plus, au détriment des autres, au détriment de la santé de ceux qui travaillent dans des enfers pollués, au détriment des fleurs, des animaux, et de tant d’espèces qui sont menacées par la voracité de l’homme.
« L’Éternel vit que les hommes faisaient de plus en plus de mal sur la terre » - aujourd’hui, on pourrait dire : à la terre, donc à lui-même.
Face à ce gâchis, Dieu décide de supprimer les hommes et les animaux : on passe tout au Karcher et on recommence à zéro. Ailleurs, autrement, sur d’autres bases.
Mais pas seul : Dieu appelle Noé. Il doit construire un grand bateau, Il doit y mettre un couple de chaque espèce animale.
En un mot : la mission de Noé est simple : il doit sauver le monde ; Noé est le Bruce Willis des temps antiques ! Plus clairement, la mission de Noé est de sauver la vie. La sauver de la destruction à venir. La sauver pour qu’elle puisse reprendre, continuer, s’épanouir, pour qu’on puisse encore admirer une rose, observer un chevreuil, la sauver pour qu’on puisse tout simplement… vivre.
Le déluge s’abat sur la terre, Noé rentre dans l’arche. Quelque temps plus tard, la porte du bateau s’ouvre sur la terre sèche : la vie peut reprendre son cours. Et l’histoire se termine avec un bel arc-en-ciel, qui est le signe que Dieu ne détruira jamais plus la terre.
Il n’a d’ailleurs nul besoin de le faire, car c’est l’homme lui-même qui se chargera du sale boulot !
L’humanité est sur une mauvaise pente. La vie est de nouveau menacée. Et cette fois-ci, elle l’est non pas par un décret de Dieu, comme dans l’histoire de Noé, mais par la bêtise et par la folie des hommes. Ces hommes qui ne veulent pas voir, qui ne veulent pas entendre, et qui disent : « Après moi, le déluge ! » Erreur : si rien ne change, le déluge qu’ils provoqueront eux-mêmes les entrainera dans leur perte !
Alors, que faire ? Se lamenter ? Se désintéresser ? Ou bien : en méditant ce récit, je me suis demandé si Dieu, par hasard, ne nous appellerait pas à devenir des… « nouveaux Noé » ?
Et si notre mission – dans le cadre de notre thème d’aujourd’hui – consistait à sauver la vie ?
Sauver la vie ; pourquoi ?
- parce qu’elle est création de Dieu, et de ce fait, elle a quelque chose de sacré, quelque chose de divin ; elle est à honorer, à respecter ;
- parce que, selon le récit de la Création, c’est la tâche assignée à l’homme : « Tu seras gérant de la terre », lui dit Dieu. « Tu cultiveras le jardin, tu le garderas. » C’est-à-dire : « Tu en prendras soin, tu veilleras sur lui, tu t’occuperas de lui ; tu ne le laisseras pas à l’abandon, tu ne l’exploiteras pas, tu le garderas en bon état, tu protégeras la vie, tu soigneras la vie ; le gérant doit faire prospérer ce qu’on lui confie, et quand sa tâche s’arrête, il doit rendre la « maison » dans l’état dans lequel il l’a trouvée en entrant. On pourrait se demander : dans quel état l’homme va-t-il rendre à Dieu le bien qu’il lui a confié, la terre qu’il lui a donnée ? Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire qu’il n’y a pas de quoi être fier : nous rendons à Dieu une maison salement amochée…
- parce qu’on est dépendant de la vie ; l’écosystème dans lequel nous vivons est un équilibre très fragile ; en détruire une partie entraîne la destruction de l’autre ; une espèce de fleurs, une sorte d’insectes qui disparait et c’est une part de l’homme qui s’éteint. On le sait, mais on continue à vivre comme si nous étions totalement indépendants de la nature. Un jour, nous payerons chèrement notre orgueil.
- parce que c’est la seule vie que nous avons, c’est la seule terre que nous possédons ; il y a peut-être de la vie sur d’autres planètes, mais celles-ci ne sont pas accessibles en tram ou en bus… Il y a bien sûr les promesses bibliques de « nouveaux cieux et de nouvelle terre » ; encore faut-il bien interpréter ces textes, et même si on les comprend correctement, ces promesses ne doivent pas devenir des « oreillers de paresse » ; Jésus nous demande d’être des intendants actifs dans cette vie-là (cf. paraboles de la fin des temps) et Pierre nous dit , dans les lettres où la nouvelle terre est évoquée : « Puisque cela arrivera, quelle vie sainte vous devez mener » (2 Pi 3.11) et « C’est pourquoi, dans cette attente, faites tous vos efforts pour que Dieu vous trouve purs et irréprochables » (2 Pi 3.14).
- parce que Dieu aime la vie. Dans le récit de la création, par 7 fois, résonne ce refrain : « Et Dieu vit que cela était bon. » Comme un artisan souriant devant son œuvre, Dieu se réjouit en contemplant les fleurs, les animaux, les poissons, les astres, l’homme et la femme. Quand on aime vraiment quelque chose ou quelqu’un, on ferait tout pour les sauver du danger qui les menacerait un jour. Sauver la vie parce qu’on l’aime, parce qu’elle en vaut la peine. Parce qu’en la sauvant, nous nous sauverons nous-mêmes…
Aujourd’hui, Dieu nous invite à devenir des nouveaux Noé, il nous appelle à sauver la vie.
Si nous ne faisons rien, le déluge sera pour bientôt !
René Lamey, Pasteur
Depuis qu'un jour, il m'a demandé, tout à fait à l'improviste, de lui apprendre à prier, Mohamed a pris l'habitude de venir s'entretenir régulièrement avec moi. C'est un voisin. Nous avons aussi une longue histoire de partage. Souvent il m'a fallu faire court avec lui, ou passer des week-ends sans le rencontrer quand les hôtes se faisaient trop nombreux et absorbants. Un jour, il trouva la formule pour me rappeler à l'ordre et solliciter un rendez-vous : "Il y a longtemps que nous n'avons pas creusé notre puits ! " L'image est restée. Nous l'employons quand nous éprouvons le besoin d'échanger en profondeur. Une fois, par mode de plaisanterie, je lui posais la question : "Et au fond de notre puits, qu'est-ce que nous allons trouver ? De l'eau musulmane ou de l'eau chrétienne ?"
Il m'a regardé mi-rieur, mi chagriné : " Tout de même, il y a si longtemps que nous marchons ensemble et tu me poses encore cette question ! ... Tu sais, au fond de ce puits, ce qu'on trouve, c'est l'eau de Dieu."
Christian de Chergé, Prieur des moines de Tibhérine (assassiné en 1996)
(...) Golias entend résister et appelle à la résistance, contre toutes les formes d'intégrisme et de fanatisme, contre la censure de la liberté de penser, de prier et d'aimer, contre la castration imposée aux clercs au nom d'une vision anachronique qui relève de l'Ancien régime et qui permet à toutes les perversités de s'y dissimuler de façon impunie, contre une vision cléricale de l'Eglise gangrenée par une soif de pouvoir qui n'a pas l'honnêteté de se reconnaitre telle et qu'entretiennent de nombreuses frustrations. A tous les niveaux, nous devons entrer en résistance spirituelle : refuser par exemple que soit exclue de la communion eucharistique une personne qui refait légitimement sa vie dans une nouvelle union d'amour, appuyer un prêtre rejeté par sa hiérarchie parce qu'il vit avec une femme, ou un homme, diffuser les oeuvres de théologiens censurés et maltraités, dénoncer les mesures répressives. Ce combat s'enracine dans la foi en Jésus et en son Evangile, dont nous sommes persuadés qu'il a peu à voir avec la vision figée de certains catéchismes. C'est précisément par attachement au Christ, à son Eglise (que nous sommes tous), à cette vie de grâce et d'amour, qui libère et rend plus audacieux, pour l'honneur d'un Dieu défiguré et blasphémé par ceux qui, en son nom, se montrent intolérants, sectaires et inhumains que nous engageons ce combat (...).
Pour en savoir plus: www.golias.fr
♠ Quitter une Eglise qu'on ne peut plus transformer
Le philosophe Paul Thibaud, président des Amitiés judéo-chrétiennes, a publié dans Le Monde du 21 juillet un article intitulé “ Benoît XVI organise le repli sur la doctrine ”, lequel présente une analyse très fine des conséquences du Motu proprio qui réhabilite la messe de Pie V (tout en excluant le pluralisme liturgique !) et de la Déclaration de la Congrégation de la foi sur les relations avec les autres Eglises chrétiennes, deux textes qui " confondent fidélité et rigidité dogmatique " et ainsi "séparent le christianisme du monde et l'empêchent de s'adresser à lui".
Personnellement, je m'inquiète de la pusillanimité pour ne pas dire la lâcheté des évêques après la publication de ces textes. Claude Dagens, l'évêque d'Angoulême, a su prendre quelques distances (dans La Croix du 17 juillet), mais cela reste un cas isolé et sa réaction est trop diplomatique, là où on aimerait une parole claire, forte et ferme, même s'il sait rappeler que " l'essentiel n'est pas seulement de l'ordre de la foi, mais aussi de l'ordre de la charité ".
Quel sens, cela a-t-il de rester dans une Eglise aussi sectaire et fermée à toute évolution, aussi repliée sur des dogmes et des rites devenus insensés, au détriment d'une attitude évangélique qui appelle à se relever quand nous sommes tombés, à la solidarité avec ceux qui sont blessés ou démunis et à un bonheur fait de simplicité fraternelle avec nos frères et soeurs humains et avec la nature qui nous environne.
Je pense qu'il est désormais illusoire de croire qu'il est possible de révolutionner une Eglise où tout est verrouillé. Je regrette que les mouvements catholiques réformateurs n'aient pas pris la dimension de l'impasse à laquelle sont désormais voués leurs efforts. Ces mouvements ont fait un travail considérable par le passé sur le plan intellectuel, social, théologique, mais ils sont aujourd'hui vieillissants, une partie trop grande de leur activité sert à rendre hommage à leurs leaders et aux théologiens progressistes qui meurent les uns après les autres.
Faute d'avoir franchement rompu avec les dogmes, d'avoir pris le risque de ruptures avec la hiérarchie ecclésiastique, d'avoir trop souvent renoncé à remettre en question la sacralité des prêtres, ils n'ont pas pu ou su entraîner des communautés importantes vers des liturgies chaleureuses et proches de la vie des gens (comme le font si bien les Eglises évangéliques, sur la base d'une théologie malheureusement trop fondamentaliste) et n'ont pas un langage adapté aux générations d'aujourd’hui.
Je crois qu'il faut créer des communautés dissidentes, ne pas hésiter à rentrer dans les Eglises protestantes, du moins les plus libérales, se rattacher à des courants comme les unitariens ou même créer de nouvelles Eglises.
Régis Pluchet (Le Mans)
♠ Pour une Spiritualité Laïque et Universelle, au delà des dogmes
Après tous les séparatismes, les affrontements, les dissensions entre cultes ou entre science et religion, il apparaît une troisième voie, une voie unificatrice. On la nomme généralement « spiritualité ». Elle n'est pas une religion, un dogme établi, mais un mode de vie, une façon d'appréhender le monde, de vivre le divin en soi, en harmonie avec les autres et la nature. Une voie qui apprend autant de la science que de la religion, en en faisant ressortir les bons éléments, car la science comme la religion font partie d'une même pièce divine et universelle. Leurs affrontements n'ont pas de sens. Leur opposition se base sur la médiocrité égocentrique de l'humain à vouloir imposer une vision dualiste du monde : Matière contre Esprit.
L'humanité a subi le chaos de ses affrontements depuis tant de siècle, elle aspire pourtant à une réelle unité, loin des vaines querelles des deux camps. Tristement la science s'est enfoncé dans une vision exclusive de la vie, un dogme matérialiste qui retient l'esprit et lui empêche d'accéder à une sensibilité plus épanouie. Les religions qui peu à peu ont dilué l'enseignement de certains éveillés et ont consciemment ou inconsciemment monopoliser la transcendance à leurs seules voies de salut.
Que choisir aujourd'hui ? La religion comme la science nous dévoile peu à peu leurs impasses dans l'accession au bonheur. L'humain n'est t-il qu'un consommateur anonyme, projetant ses désirs dans un monde froid et son seul salut serait dans l'accumulation d'objet et la réalisation de désir personnel pour lutter contre un vide intérieur qui ne cesse de ronger. L'humain n'est t-il qu'une simple créature mise au monde par un père qui à la vue du chaos du monde semble depuis longtemps lui avoir tourné le dos ?
Pour nous l'humain n'est ni un pécheur ayant mangé le mauvais fruit, ni un amas de chair et d'os juste bon à prendre quelques médicaments et accumuler des possessions pour croire exister...
"La tranquillité de l'esprit
implique un non-attachement à l'égard de toutes les religions du monde.Elle est
l'expression d'une spiritualité laïque qui reconnaît le sacré sans entrer dans
les arcanes de son organisation humaine, trop humaine..."
René Barbier
Une des
erreurs des religions, est qu'elles ont confondu l'essentiel et l'accessoire. La
religion fut un outil de compréhension du divin qui répondait à un besoin ; on
peut proposer ces outils à quelqu'un mais en aucun cas les imposer. Ces outils
(prières, rituels, croyances...) sont des accessoires qui peuvent permettre une
compréhension du divin. Mais le problème de notre monde actuel est que ces
outils (accessoires) semblent avoir pris la place de l'essentiel, et c'est à
cause de ces outils, de ces formes extérieures que l'humain s'entredéchire.
Alors que c'est l'essentiel, qui réside au fond des religions, qu'il faut
libérer. Ce fond commun des religions, c'est cette volonté de l'humain à
transcender son existence et s'ouvrir à d'autres réalités. Nous devons tous
prendre conscience des erreurs passées et en apprendre pour fonder un monde plus
juste, qui ne soit pas un nouveau dogme.
Pourquoi ne pas libérer le spirituel du religieux,
l'essentiel de l'accessoire, le fond de la forme et s'unir tous pour l'avènement
d'une société où
Dieu ne fait plus peur, où il ne devient plus une arme de pouvoir des castes
dominantes. Mais un grand champ d'amour et de paix que nous constituons tous.
Nous sommes
Dieu, lorsque notre amour éclot sur les cendres de la peur..
Un monde de paix et d'harmonie est possible, nous avons toutes les ressources à
notre disposition, il nous suffirait d'apprendre à les utiliser avec sagesse.
Les humains peuvent jouir pleinement des avancées de la science et des médecines
naturelles dites holistiques (c'est-à-dire qui prennent en compte l'humain
dans sa globalité : corps, esprit, émotions…). Qu'ils puissent jouir de la
chirurgie de pointe comme des thérapies psycho-corporelles (Shiatsu, Reiki…)
et des médecines douces qui prennent en compte la dimension spirituelle de
l'humain. Un monde où Dieu n'est plus une image, un nom, un symbole ou une
église : mais juste
l'Amour, ce flot d'énergie créatrice qui se vit en notre
cœur, et qui se répand partout comme le ciment de nos convictions les plus
nobles.
Pour nous, la seule religion qui soit est l'amour, la seule classe est celle de l'humanité et le seul langage, celui du cœur.
Michael (Mika) Abitbol
http://www.unisson06.org/manifeste_unisson.htm
♠ Le présent est à la fois instant et éternité
L’homme a besoin de justifier ce qu’il vit, d’expliquer ce qu’il croit comprendre. En utilisant le mot "dieu" ou "Dieu", il exprime la puissance du créateur ou de l’inexplicable, il s’effraie ou s’émerveille de son rôle, il devine sa Force, son Amour, ses Foudres, ses Grâces…
Comment l’homme peut-il penser ou expliquer autrement qu’avec ses facultés d’homme ? Et comme il conçoit difficilement une horloge sans horloger, un monde aussi riche que le nôtre sans Trésor, un présent aussi cruel sans Eternité douce, il crée un « Dieu à son image », avec ses perceptions mais sans ses imperfections : il est le plus grand, infini, immortel, omniscient, omnipotent…
Mais Dieu, s’il "existe", s’il est, ne pense pas, ne domine pas, ne rêve pas puisqu’il ne mange pas, ne dort pas, ne naît pas, ne meurt pas… Il est Autre. Il est l’inconcevable, l’inimaginable… que nous ne pouvons même pas nommer avec nos mots. Et toute image, toute représentation, toute illustration, toute explication de "Dieu" ne peut être que fausse ou au moins incomplète. Seuls des symboles, des approches artistiques, des poèmes peuvent peut-être un peu l’évoquer. Et c’est l’acte de foi, le pari de Dieu, tout à fait respectable, auquel chacun est peut-être invité… car on ne pourra jamais démontrer son existence ou sa présence sinon ce serait une vérité scientifique !
Et "Dieu", s’il est, s’il est tout autre que ce que l’on peut concevoir et ne peut pas se dire, est peut-être un peu mon esprit et ce que je crois parfois sentir sans jamais pouvoir le dire. Il est à la fois avec moi et sans moi; il est peut-être aussi Présence que Silence ; le présent qui se prolonge indéfiniment et qui se renouvelle sans cesse, à la fois instant et éternité ; le silence où l’on croit entendre parler l’absence. Parfois, quand je me sens bien en moi, bien dans mon environnement, que je médite en appréciant le moment qui passe pour ne jamais revenir mais aussi ne jamais mourir, je me dis que dans mon silence confiant où rien ne compte plus, le "dieu" qui m’habite "est" certainement mon enthousiasme, mon émerveillement, mon cheminement. Bien autre que tout ce que j’ai pu apprendre, bien différent de ce que je peux imaginer. Surtout s’il est simplement ce qui reste de moi quand je ne suis plus et qui ne finit pas.
Ainsi, loin des religions enseignées, mon esprit se nourrit-il spirituellement d’un dieu "Autre". Et pourtant je ne saurais me dire athée parce que la définition actuelle de Dieu, qui ne correspond pas à ce que je crois sentir, me semble tout à fait passagère et ne saurait être immuable !
Pascal JACQUOT
Dieu, au singulier, avec un D majuscule, c’est le “ Tout autre ”, celui que l’on ne peut nommer, ni même concevoir. Il est une question bien plus qu’une réponse !
Le croyant monothéiste entre en relation avec Dieu librement et par amour.
Sa perception débarrasse l’univers des dieux et démons ombrageux qui le peuplaient
Ce “ Tout autre” s’est fait particulièrement connaître à des hommes peut-être choisis par lui, des “amis de Dieu”. Mais aucun parmi ces hommes n’a affirmé être Dieu lui-même.
Ainsi, chez les croyants :
Aucun parsi ne prétend que Zoroastre était Dieu,
Aucun juif ne prétend qu’Abraham ou Moïse était Dieu,
Aucun musulman ne prétend que Mahomet était Dieu,
Aucun babi ne prétend que Le Bab était Dieu,
Aucun bahaï, ne prétend que Baha’U’Allah était Dieu,
Aucun sikh ne prétend que Gourou Nanak était Dieu,
Aucun chrétien pré-nicéen ne prétend que Jésus était Dieu,
Aucun unitarien ne prétend que Jésus était Dieu,
Et on pourrait continuer avec tous les futurs prophètes à venir !
Alors ! Pourquoi certains prétendent-ils que Jésus était Dieu ? Ne serait-ce pas tout simplement pour pouvoir affirmer que leur secte très particulière est ainsi la religion supérieure, dans le but de l’imposer, avec la complicité des autres pouvoirs, aux masses de fidèles bien soumis, bien craintifs, qui ne chercheront plus à se poser des questions dérangeantes ? Qui sait ? Va savoir ?
Jean-Pierre Babin, intendant de l’AFCU et membre du Groupe unitarien nantais.
Le retour à la religion a pris, ces dernières années, une dimension spectaculaire, parfois inquiétante. On pense d’abord aux pays musulmans. Mais tout indique que l’Occident, dans des formes certes différentes, n’est pas à l’abri du phénomène. Retour de la spiritualité ? On ne pourrait que s’en féliciter. Retour de la foi ? Ce ne serait pas un problème. Mais le dogmatisme revient avec, trop souvent, et l’obscurantisme, et l’intégrisme, et le fanatisme parfois. On aurait tort de leur abandonner le terrain. Le combat pour les Lumières continue, il a rarement été aussi urgent, et c’est un combat pour la liberté.
Un combat contre la religion ? Ce serait se tromper d’adversaire. Mais pour la tolérance, pour la laïcité, pour la liberté de croyance et d’in-croyance. L’esprit n’appartient à personne. La liberté non plus.
…
J’ai horreur de l’obscurantisme, du fanatisme, de la superstition. Je n’aime pas davantage le nihilisme et la veulerie. La spiritualité est une chose trop importante pour qu’on l’abandonne aux fondamentalistes. La tolérance, un bien trop précieux pour qu’on la confonde avec l’indifférence ou la mollesse. Rien ne serait pire que de nous laisser enfermer dans un face à face mortifère entre le fanatisme des uns –quelle que soit la religion dont ils se réclament- et le nihilisme des autres. Mieux vaut les combattre tous, sans les confondre et sans tomber dans leurs travers respectifs. La laïcité est le nom de ce combat. Reste, pour les athées, à inventer la spiritualité qui va avec.
André Comte-Sponville (Livre «L’esprit de l’athéisme »)
La mort de l'Abbé Pierre nous touche, parce qu'elle sonne un peu comme un bilan. Bilan d'un demi-siècle de société française d'abondance, qui laisse ses déchets à la rue aujourd'hui comme en 1954. Mais bilan aussi de l'Église catholique à l'orée du XXI° siècle.
Comment se fait-il que la figure la plus populaire d'un des pays les plus farouchement laïcs au monde soit un prêtre, qui n'a jamais caché ni sa soutane, ni sa croix de guingois sur la poitrine ? Pour deux raisons, semble-t-il :
1- D'abord, l'abbé rappelle aux plus mécréants d'entre nous que nous sommes un pays profondément marqué par les valeurs évangéliques. Les socialistes, et même les communistes, se reconnaissent dans le message de Jésus le nazôréen, sans lequel leurs partis politiques ne seraient pas ce qu'ils sont. Je n'y peux rien, c'est politiquement incorrect mais c'est ainsi.
Des évangiles, l'abbé n'a retenu qu'une chose : l'amour du prochain, dont Jésus lui-même fait l'égal de l'amour de Dieu. La re-connaissance du prochain, dont Jésus fait l'égal de la connaissance de Dieu.
Pour les Églises (qui se réclament pourtant des évangiles) la connaissance de Dieu - la possibilité de s'en faire une idée, de savoir qui il est, de le connaître - passe par le dogme. Et le dogme, c'est l'Église qui l'élabore, le façonne à son gré, le proclame puis l'impose. Tout comme Jésus, l'abbé ne se référait à aucun dogme : le prochain, c'est-à-dire l'homme ou la femme abandonnés sur la route (comme dans la parabole du Bon Samaritain), voilà le dogme. L'amour en action.
Le peuple ne s'y est pas trompé, croyants comme athés : cela sonne juste. Si Dieu existe et peut être rencontré quelque part, c'est bien dans ce regard-là. Le regard que Jésus lui-même portait, en son temps, sur le monde tel qu'il était et Dieu tel qu'il est.
Et la France, pays de Voltaire et de Hugo, se retrouve dans cette approche-là de Dieu. L'approche non-dogmatique qui est avant tout un regard sur l'autre, qui forme et éduque le regard intérieur.
2- La France se retrouve dans cette distance prise avec les dogmes. Mais aussi dans les conséquences pratiques de cette distance : par son choix des pauvres, l'abbé insulte Rome et ses richesses. Par sa préférence pour les sans-voix, il fouette Rome et son amour de la puissance. Par sa liberté sexuelle, il horrifie Rome et sa hantise du sexe.
Un abbé Pierre ne pouvait sans doute naître que dans ce pays qui n'a jamais oublié l'évangile, mais n'en retient pas forcément ce que lui conseille sa hiérarchie ecclésiale.
L'abbé Pierre ne sera jamais canonisé : le successeur de Pierre ne peut donner en exemple, au peuple qu'il administre, un homme qui lui fait ouvertement pareils pieds de nez.
Pauvre Pierre, qui n'a jamais été pape, et aurait peut-être rêvé d'être un jour un abbé aux chaussures éculées et à la soutane verdâtre.
Michel Benoît
Lu, dans la presse féminine, un dialogue entre le philosophe André Comte-Sponville et l'écrivain E.E. Schmitt.
"Est-ce que Dieu existe ? Je ne sais pas, mais... je crois", dit Schmitt. A quoi Comte-Sponville répond : "Je ne sais pas si Dieu existe, mais je crois qu'il n'existe pas"
Deux esprits aussi brillants ne peuvent accoucher que de brillantes formules. Ils ne sont pas les premiers : au cours des siècles, l'éventail des possibilités a été exploré jusque dans les moindres recoins. Depuis le "Je crois en Dieu, parce que c'est absurde" (la foi du charbonnier) jusqu'au "Je crois en Dieu, parce que la raison me le démontre" (certains théistes des Lumières). Entre-deux, on trouve la formule de St Anselme "Je crois en Dieu, afin de comprendre Dieu" - laquelle n'est pas éloignée de la position des musulmans, cf. l'article de ce blog dans "Islam, judaïsme...." à propos de Tariq Ramadan.
On n'en sort pas, les opinions s'opposent sans jamais se rencontrer. Pourquoi ? Peut-être parce que la question est mal posée.
En effet, tout ce brillant monde parle de "Dieu". Le mot est indistinctement employé, aussi bien par ceux qui pensent croire en lui, que par ceux qui refusent la foi, ou qui sont entre les deux. Et l'on philosophe, on philosophe...
Or, c'est le mot Dieu lui-même qui est piégé, et rend toute réponse impossible à la question de la foi.
Car "Dieu" est déjà, en lui-même, une invention des théologiens ou des penseurs. Quand un Occidental ou un Moyen-oriental dit "Dieu", automatiquement, sans qu'il puisse y échapper, il introduit dans son esprit - avec le mot - un vaste champ sémantique. Très différent, certes, selon les civilisations et les époques, mais très prégnant. Le mot "Dieu" véhicule ainsi avec lui, au choix : l'image du Tout-Puissant qui régit tout, celle de l'auteur ou du complice du Mal, du Père inhibiteur ou source de dépendance, de l'Amant absolu, du père fouettard, que sais-je... Jusqu'au vieillard à barbe blanche assis sur son nuage, tout là-haut, au ciel de nos enfances.
Les théologiens sont responsables de cette enflure sémantique, sur laquelle débouche automatiquement le mot "Dieu". Et ceci a commencé très tôt, dès la deuxième étape de l'écriture de la Bible (habituellement appelée élohiste). A partir de là, à cause du texte lui-même qui se met à nommer "Dieu", puis à le décrire de plus en plus précisément, le judaïsme, suivi du christianisme et de l'islam, vont parler, et parlent encore, de "Dieu".
Il n'en allait pas ainsi pour la première mise par écrit de la Bible (le yahviste), ou pour l'hindouisme. Là, on sait encore qu'on ne peut pas nommer "Dieu" : la toute première Bible le désigne de quatre consonnes qui ne signifient rien, et que les juifs pieux remplacent (aujourd'hui encore) par une seule, le yod ou '. Quant aux hindous, ils remplacent la désignation de "Dieu" par une simple vibration, "Ohhhmmm...."
Quant un occidental se demande s'il croit en Dieu, il se demande en fait s'il adhère à telle ou telle représentation de "Dieu" - qu'il ira puiser, selon sa formation ou sa tradition, dans telle ou telle partie du champ sémantique générée par le mot "Dieu".
Vous me demandez si je crois en "Dieu" ? La réponse est claire, sans appel : c'est non. Non, je ne puis adhérer à aucune des représentations ouverte par le champ sémantique "Dieu". Il me faudrait alors choisir entre les opinions des uns ou celles des autres, alignées dans les rayons de nos bibliothèques depuis plus de 25 siècles.
Alors, en quoi croyez-vous ?
Je ne crois pas : je constate (et il m'a fallu pour cela toute une vie de recherches tâtonnantes, d'expériences douloureuses) que derrière ce monde des apparences, il y a une réalité que la plupart appellent "Dieu", mais que je me refuse à nommer parce qu'elle est au-delà de tout mot.
Une personne ? Mais non ! Si je dis "une personne", je rentre déjà dans la querelle des mots, dans une cage assemblée depuis les premiers conciles jusqu'à E. Mounier. Un existant ? Pas plus, vous me traînez chez Heidegger ou Sartre.
Alors, quoi ?
Une expérience, faite à la fois dans la vie et par l'esprit. La vie devançant presque toujours l'esprit, le travail de l'esprit éclairant lentement la vie. Une expérience, qui ne peut donc se réduire à aucun mot, même quand c'est une expérience que l'esprit prétend analyser.
Une expérience ne se met pas en formules, ni en mots. Elle ne se décrit pas, elle est au-delà des mots. Elle se constate, quand toutefois la conscience finit, enfin, par acquiescer - toutes murailles intérieures renversées - à la force de l'évidence.
Michel BENOIT 11 janvier 2007
Feuerbach (philosophe du 19è siècle).
« Ludwig Feuerbach propose une explication de ce qu’est Dieu. Il ne nie pas son existence, il dissèque la chimère. Pas question de dire Dieu n’existe pas, mais Qu’est-ce que ce Dieu auquel la plupart croient ? Et de répondre : une fiction, une création des hommes, une fabrication obéissant à des lois particulières : les hommes créent Dieu à leur image inversée.
Mortels, finis, limités, douloureux de ces contraintes, les humains travaillés par la complétude inventent une puissance dotée très exactement des qualités opposées : avec leurs défauts retournés comme les doigts d’une paire de gants, ils fabriquent les qualités devant lesquelles ils s’agenouillent puis se prosternent. Je suis mortel ? Dieu est immortel; je suis fini ? Dieu est infini; je suis limité ? Dieu est illimité; je ne sais pas tout ? Dieu est omniscient; je ne peux pas tout ? Dieu est omnipotent; je ne suis pas doué du talent d’ubiquité ? Dieu est omniprésent; je suis créé ? Dieu est incréé; Je suis faible ? Dieu incarne la Toute-Puissance; je suis sur terre ? Dieu est au ciel; je suis imparfait ? Dieu est parfait; je ne suis rien ? Dieu est tout... »
♠ Qui est Dieu pour moi aujourd'hui ?
Je ne sais pas si Dieu existe ! Je suis agnostique mais, agnostique croyante. Je crois en Dieu. Alors, que puis-je en dire ? De Lui, sur Lui, je ne peux rien dire. Moïse l’avait déjà pressenti en écrivant dans la Loi : « Tu ne feras pas d’image de ton Dieu ». Pour moi, s’il ne peut y avoir d’image, tout ce que je pourrais dire ne fera pourtant que construire des images !
Durant mes jeunes années, j’avais une idée très précise de Dieu, je savais qu’il existait, j’avais la Vérité et je remerciais Dieu d’être née catholique, ce qui me permettrait si je le méritais de le rejoindre corps et âme à la fin des temps. Ces certitudes m’avaient été induites par mon éducation et me rassuraient. Toutes les images que mes parents, professeurs et lectures m’avaient données de Dieu, je les croyais justes, définitives et immuables. Petit à petit, je me sentis très mal à l’aise et très malheureuse de ne pouvoir, sans tomber dans le péché les remettre en question.
À l’adolescence, j’eus ma traversée du désert mais, je restais nomade en recherche d’un autre chemin pour arriver au même but. Je sentais que Dieu me collait à la peau et j’espérais le découvrir autrement, le connaître mieux. Et…arriva Vatican II !
Alors, mon histoire m’a entraînée à retraverser les écritures à la suite d’exégètes, de professeurs, de conférenciers, d’auteurs osant une parole libre. J’ai dû apprendre, en combattant un sentiment de culpabilité et, avec progressivement une joie de plus en plus profonde, à oser lire la bible avec une pensée libre. J’ai dû apprendre à oser manger la Parole, pour pouvoir la digérer, afin qu’elle devienne nourriture dans mon histoire. Car, en définitive, si je veux être moi, c’est bien ma conscience qui décide de mes refus ou de mon adhésion à la Parole.
C’est ainsi, qu’aujourd’hui, je dirais donc, en conscience, que Dieu m’est révélé par des hommes. Des hommes qui à l’origine appelle dieux, toutes les forces mystérieuses qui les dépassent et qu’ils ne peuvent contrôler. Plus tard, apparaîtra chez nos ancêtres dans la foi, la croyance en un seul Dieu. Cette évolution nous est racontée dans le récit mythique d’Abraham. Au fil du temps, la bible nous montre alors, différents hommes qui font des expériences spirituelles de Dieu. Nous constatons qu’une force les habite, une force qui les dépasse et les pousse à agir pour le bien de la communauté. Ces hommes nous révèlent Dieu à travers leurs expériences spirituelles. Les images qu’ils nous donnent de Dieu, les mots utilisés sont bien évidemment marqués par la culture et la cosmographie de leur époque. Dieu a le corps d’un homme et il habite dans les cieux.
À son tour, Jésus parlera de Dieu, en nous le révélant selon les critères et les traditions de son époque, mais tout en prenant une grande liberté par rapport aux enseignements du Temple. Il insistera sur la proximité de Dieu et sur toutes ses qualités d’amour pour l’humanité. En l’homme Jésus, va être rassemblées, toutes les images positives de Dieu, révélés par l’homme, tout au long de l’histoire. Jésus, cet homme extraordinaire sera justement appelé Fils de Dieu, lui qui vit en paroles et en actes de toutes les qualités de Dieu décrites par les auteurs bibliques. En Jésus, Dieu est reconnu.
Donc, je ne sais de Dieu, que ce que des hommes m’en disent. Et, cela m’intéresse. Je dois constater cependant que leurs histoires, leurs époques, leurs expériences spirituelles ne sont pas les miennes, mais que je les rejoins dans leur désir de recherche de Dieu. Aujourd’hui, des hommes et des femmes, par leurs actes et leurs paroles, sont toujours révélateurs de Dieu pour moi.
Mais non, je ne crois pas que Dieu est une personne. Je crois en une énergie spirituelle, une énergie d’Amour qui m’habite, une énergie qui est au plus profond de moi, une énergie qui me pétrit, une énergie qui déborde de moi. Je ne peux pas être moi-même sans elle, et, quand en toute liberté, je suis en union avec elle, c’est le Divin et l’humain qui communient et : l’Amour jaillit. L’homme a besoin de Dieu, mais Dieu a besoin de l’homme.
Pour moi, l’Amour, c’est Dieu et mon ami Jésus est mon chemin de Dieu. Le Dieu auquel je crois est universel, mais les chemins sont et resteront différents d’après les cultures et les époques.
Christiane Janssens, octobre 2004 Libre Pensée Chrétienne
On a souvent l’habitude de cataloguer les personnes, de cloisonner les groupes et parfois même de les opposer. Il me semble que les différences apparentes sont artificielles et que les oppositions sont beaucoup plus subtiles que ce que l’on veut laisser croire. En ce qui concerne les convictions spirituelles, cela est manifeste.
Entre un croyant et un athée, entre un chrétien et un agnostique, entre un catholique et un matérialiste, il y a parfois beaucoup plus de proximité et de croyances communes qu’entre deux croyants, deux chrétiens, deux catholiques qui se croient proches par l’étiquette mais conçoivent en réalité un Dieu complètement différent. En effet il y a des catholiques qui ne croient guère aux "miracles" de Jésus, des chrétiens qui ne croient guère en la résurrection de Jésus. Et beaucoup de militants, même athées, des droits de l’homme se sentent très proches de Jésus. Sa vie, son témoignage touchent et éclairent en effet de nombreux hommes, croyants ou incroyants, bien au-delà des sphères religieuses. Ainsi le philosophe André Comte-Sponville[1] qui se déclare athée, écrit :
« Le nouveau-né qu’on couche dans une étable, l’enfant pourchassé, l’adolescent dialoguant avec les érudits, le même plus tard, face aux marchands du temple, la primauté de l’amour, à quoi se ramènent "toute la Loi et les prophètes", le sabbat qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat, l’acceptation ou l’anticipation de la laïcité ("Rendez à César ce qui est à César… "), le sens de l’universel humain ("Ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait" ), l’ouverture au présent ("Prenez soin d’aujourd’hui, demain prendra soin de lui-même"), la liberté de l’esprit ("la vérité fera de vous des hommes libres"), la parabole du Bon Samaritain, celle du Jeune homme riche, celle de l’enfant prodigue, l’épisode de la femme adultère, l’accueil des bannis et des prostituées, le sermon sur la montagne ("heureux les doux, heureux les affamés de justice, heureux les artisans de paix… "), la solitude (par exemple au Mont des Oliviers), le courage, l’humiliation, la crucifixion… On serait touché à moins. Disons que je me suis forgé une espèce de Christ intérieur, "doux et humble de cœur", en effet, mais purement humain, qui m’accompagne ou me guide ».
Le clivage croyant / agnostique ou chrétien / incroyant est souvent artificiel. Si les religions ont souvent intérêt à l’exploiter pour conserver leur troupe (et leurs ressources !), les "fidèles" le dépassent très facilement et presque spontanément quand ils se libèrent des autorités religieuses pour s’engager dans des actions. Si les religions restent souvent sectaires en étant attachées à des principes soit disant divins plus qu’à des valeurs spirituelles, à des dogmes plus qu’à la "fraternité", beaucoup de "croyants" savent repérer l’essentiel de "l’amour" par delà le secondaire des "commandements" enseignés soit disant par le prophète. J’ai participé dernièrement à un colloque où se côtoyaient des femmes et des hommes de tous bords religieux et politiques, près de 500 personnes en tout. Il y avait des catholiques bien sûr mais aussi des protestants, des musulmans, des francs-maçons, des incroyants… Il y avait des militants engagés à gauche et à droite… Il y avait des anciens et des jeunes, des élus et des représentants dits de la "société civile" de toutes les régions de France. Tous savaient s’écouter, tous se respectaient, tous cherchaient à se comprendre, tous étaient extrêmement proches, tous pouvaient partager sincèrement leurs préoccupations profondes. Ils avaient cependant en commun une chose, essentielle. Non pas un prophète, non pas un Dieu. Mais le souci de l’homme, l’amour de l’Homme et c’est ce qui les rassemblait spirituellement: ils pouvaient ainsi tous envisager la « Politique au risque de la spiritualité[2] » sans aucune difficulté.
Pascal Jacquot
[1] André Comte-Sponville (A-t-on besoin d’une religion, Paris : les Editions ouvrières) écrit aussi :
Au fond, à la lecture des évangiles, ce qui fait la valeur d’une vie humaine, est-ce le fait que la personne en question croit ou pas en Dieu, qu’elle croit ou pas en une vie après la mort ?
S’agissant de ces deux questions, la seule vérité, pour vous comme pour moi, c’est que nous n’en savons rien ! Croyants et incroyants, nous ne sommes séparés que par ce que nous ignorons.
Il serait paradoxal d’attacher plus d’importance à ce que nous ignorons, qui peut sembler nous séparer, qu’à ce que nous connaissons très bien, d’expérience et qui nous rapproche : ce qui fait la valeur d’une vie humaine, ce n’est pas la foi, ce n’est pas l’espérance, c’est la quantité d’amour et de courage dont on est capable
[2] Thème du colloque
♠ Au 17ème siècle, un ancien jésuite
Michel Onfray, philosophe, relève dans son livre « Traité d’athéologie », le calvaire de Cristovoa Ferreira, ancien jésuite portugais que l’on fit abjurer sous la torture en 1636 mais qui, quelques années plus tard, écrivit cependant un petit livre explosif et radical « La supercherie dévoilée » :
« Dans une trentaine de pages seulement, il affirme : Dieu n’a pas crée le monde ; d’ailleurs le monde ne l’a jamais été ; l’âme est mortelle ; il n’existe ni enfer, ni paradis, ni prédestination ; les enfants morts sont indemnes du péché originel qui, de toute façon, n’existe pas ; le christianisme est une invention ; le décalogue, une sottise impraticable ; le pape, un immoral et dangereux personnage ; le paiement de messes, les indulgences, l’excommunication, les interdits alimentaires, la virginité de marie, les rois mages, autant de billevesées ; la résurrection , un conte déraisonnable, risible, scandaleux, une duperie ; les sacrements, la confession, des sottises ; l’eucharistie, une métaphore ; le jugement dernier, un incroyable délire…
Peut-on charge plus violente et tirs de barrages plus concentrés ? Et le jésuite de poursuivre : La religion ? Une invention des hommes pour s’assurer le pouvoir sur leurs semblables La raison ? L’instrument permettant de lutter contre toutes ces fariboles. Cristovao Ferreira démonte toutes inventions grossières. Alors athée ? Non. Car à aucun moment il ne dit, n’écrit, n’affirme ou ne pense que Dieu n’existe pas… ».
A chacun de nous de critiquer, de partager partie ou totalité de ces affirmations, mais l’on peut cependant s’émerveiller qu’au 17ème siècle déjà, malgré les épreuves subies, un homme ait pu être assez lucide, assez courageux pour oser des affirmations que certains prophètes expriment encore aujourd’hui !
♠ Liberté
Dans le combat qui se livre en nous-mêmes entre le vieux et le neuf, entre la passivité et le dynamisme, s'impose une exigence de penser vrai, un besoin d'être au clair, autant que faire se peut, sur ce qui donne sens à notre vie, sur ce que nous croyons en vérité. Si l'on me demande de quel droit je me permets de mettre en question la religion que j'ai reçue et de contester les pratiques de l'Eglise qui l'inculque, j'invoque ma liberté de conscience et je réponds en citant Pascal, que "toute notre dignité consiste dans notre pensée", et que c'est là une liberté fondamentale, pour quiconque refuse de se mentir à soi-même.
Ce n'est donc pas par goût de la contestation, ni par attirance du vide, si nous posons des questions qui dérangent, concernant les croyances admises depuis des siècles. Mais une passion de liberté, un besoin d'authenticité nous pousse à poursuivre notre quête… Et nous avons aujourd'hui les moyens de revenir aux sources de notre foi, en particulier de comprendre un peu mieux ce qui s'est passé il y a vingt siècles avec Jésus, puis au long de l'histoire du christianisme, et de voir comment nos anciens ont transmis, comme ils ont pu, ce qui avait été retenu du message évangélique. Car c'est évidemment à Jésus de Nazareth qu'il faut toujours revenir… Et c'est parce que nous sommes rejoints par l'appel de liberté, dont il nous a été donné un suprême exemple en mettant lui-même en question la religion de ses ancêtres, que nous sommes en droit de demander : qu'est-ce que les Eglises, depuis vingt siècles, ont fait de lui ?
Pour vivre aujourd'hui de la foi et de la fidélité qui nous attachent à Jésus, tel qu'il nous est possible maintenant de l'approcher dans sa réalité historique, et pour recevoir de son esprit l'élan qui nous aide à "devenir humain" (selon l'expression d'Yves Burdelot), faut-il, par exemple, croire à sa naissance miraculeuse telle qu'elle est racontée dans l'évangile de Luc ? Faut-il affirmer qu'il est descendu d'auprès de Dieu -étant Dieu lui-même, deuxième personne de la Sainte Trinité, etc. ? Bien des affirmations contenues dans le corpus doctrinal sont devenues irrecevables aujourd'hui. C'est au point que beaucoup d'entre nous s'avouent incapables de faire leur la confession de foi du Credo. Et pourtant, les articles de foi du Credo méritent toujours qu'on s'interroge sur leur genèse, sur leur symbolique, qu'on reconnaisse la qualité spirituelle des théologiens qui les ont composés… Cela ne veut pas dire non plus que les sciences religieuses, l'étude des textes bibliques, l'exégèse soient aujourd'hui sans intérêt. Au contraire, il est important que ceux qui le peuvent travaillent dans ces domaines et participent aux révisions nécessaires pour dégager Jésus de certains maquillages qui l'ont défiguré. Il y a là un chantier considérable dont dépend la foi des générations à venir.
Guy Lecomte de l'association culturelle Marcel Légaut lors de l'A G des Parvis à Bordeaux
♠ Lettre à mes amis catholiques
au lendemain de l’élection papale de Joseph Ratzinger,
Chères Amies, Chers Amis.
Vous le savez bien, le choix de Joseph Ratzinger, par un collège de cardinaux truffé d’ultra-conservateurs par Jean-Paul II, ne s’est pas fait entre une mouvance plutôt conservatrice et une autre plutôt libérale - comme on dirait en politique française entre Droite et Gauche, ou en politique britannique entre Conservateurs et Travaillistes. Non ! il ne s’agit pas d’une simple alternance, mais de l’arrivée au pouvoir (ou de la prise de pouvoir par noyautage) d’une extrême droite. L’Opus Deï, dont on connaît l’entrisme dans les hautes sphères et la porte d’entrée royale que lui offrit le précédent pape, est arrivée à ses fins.
Il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus car la situation de l’Eglise catholique ne lui permet pas une telle politique. En Europe occidentale et en Amérique du Nord la déchristianisation va s’en trouvée accélérée. En Amérique latine, la condamnation sans nuance de la théologie de la libération et la nomination d’évêques réactionnaires, a creusé un écart entre la hiérarchie et nombre de prêtres et de fidèles. En Afrique noire, la condamnation (criminelle) de l’usage des préservatifs a, elle aussi, plongé nombre de catholiques dans le désarroi. Si Jean-Paul II, du fait de sa résistance historique au communisme, et de sa politique de réconciliation avec les juifs et les musulmans, de son âge et de sa souffrance - c’était comme un grand-père à qui on pardonnait volontiers certains propos -, était auréolé et hors d’atteinte, il n’en est pas de même de Joseph Ratzinger qui arrive avec la réputation de champion d’un camp politico-religieux et dont les prises de position sont bien connues.
L’avantage du choix de nos éminents cardinaux, c’est qu’il crée une situation désormais claire et nette : un pape réactionnaire, une hiérarchie complètement domestiquée qui s’empresse de dire (hypocritement) sa joie, l’illusion de penser que le catholicisme peut surfer sur les mouvements charismatiques et la piété populaire qui remplissent la place Saint-Pierre à Rome, etc. Au tour des catholiques de base de faire leur choix, à commencer par cette question : à qui donner nos deniers du culte ?
Nous vous suggérons non seulement une grève des deniers du culte, mais de les donner désormais aux mouvements qui oeuvrent à la re-fondation d’un christianisme plus conforme aux Evangile et à la personne de Jésus. Nous nous tournons tout naturellement vers les grandes fédérations qui regroupent les “ catholiques réformateurs ”, en France avec le Parvis, en Belgique francophone avec les Pavés, en Europe avec le réseau Nous sommes l’Eglise et le réseau européen “ Eglise de liberté ”, etc. A elles d’organiser la collecte des fonds dont nous avons besoin pour nos multiples activités : bulletins, revues, célébrations de partage du pain et du vin entre chrétiens libres, conférences, universités d’été, publications de livres, aide à nos prêtres et théologiens en difficultés, etc. Oui, nous avons besoin de moyens financiers et logistiques. Il ne s’agit pas de dissidence, ni de fonder une autre Eglise, mais de nous donner les moyens - non seulement de survivre avec notre foi - mais pour redonner espoir à un grand nombre de nos frères.
Le souffle de Dieu nous l’a souvent appris : un évènement est toujours positif si les hommes savent le mettre à profit. Merci à Joseph Ratzinger de nous avoir ôté nos dernières hésitations, nos ultimes “ benoîteries ”. Le temps est désormais à l’action par le bas et non plus aux vaines attentes d’un destin qui nous viendrait d’en haut, comme par exemple d’un “ nouveau pape ”. Enfin, nous voilà totalement libres, adultes : à nous de savoir nous organiser en conséquence. Et d’abord, mettons à profit nos messageries électroniques et nos sites pour diffuser ce message !
Avec l’espoir de reconstruire un christianisme plus fraternel.
Jean-Claude Barbier (chrétien unitarien), le 20 avril 2005.
Je ne suis d'aucune Eglise, en grande partie, à cause des conflits que ma famille a eue avec celle de Rome : excommunication de mon arrière grand-mère bretonne car elle avait mis ses enfants à l'école laïque, école du diable pour les curés et que ma grand-mère avait dû payer un mois de salaire d'institutrice pour faire lever cette ex-communication par l'évêque de Quimper. J'ai compris que si Dieu peut être charitable, son Eglise, du moins celle de Rome ne l'est pas. Le fric c'est catholic (volontairement écrit ainsi)… Bien sûr je n'ai pas été élevé dans la religion et je n'ai pas suivi le catéchisme, ce qui ne me rend pas ignare des choses de la Bible et de la vie de Jésus en laquelle je ne mets aucun doute, mais Dieu, qui est-il vraiment ? Pour moi, il est impalpable et peut être à la fois si présent. J'ai du mal de croire en un Dieu alors qu'il y a tant de souffrances et de misères sur cette terre. Pourquoi ces bébés que j'ai vus et qui naissent avec des atrocités et qui ne vivront pas plus de trois mois dans la souffrance? Oui, pourquoi tout ce mal, toutes ces guerres, toutes ces tueries alors que tout pourrait n'être que paix et amour ? Un jour, dans le Jura, alors que j'étais chez une brave tante, la tante Blanche qui m'imposait d'aller à la messe tous les dimanches, le curé me surprenant dans le cimetière m'a dit: tu ne viens pas à confesse ? Je lui ai dit que non car je n'étais pas croyant et que ce que je faisais, j'en étais conscient. Il m'a dit: tu n'es pas croyant ? Je lui ai expliqué mon incompréhension devant le mal,les tueries, la douleur des bébés, etc.. Je lui ai dit aussi comment croire alors que moi qui avait à ce moment-là quinze ans, j'avais déjà été opéré trois fois à la tête d'une tumeur. Pourquoi cette tumeur à moi ? Alors il m'a dit que je ne devais pas me plaindre car j'étais un élu de Dieu, que j'avais été choisi par lui pour expier les péchés des autres. Je lui ai répondu que j'espérais qu'ils avaient beaucoup péchés car moi j'avais beaucoup souffert, que lui -vu sa bedaine- ne devait pas être un élu de Dieu car il se portait bien. Il a haussé les épaules et a fait demi-tour. C'était un imbécile.
Mais croire en un Dieu à la façon de cette fameuse et formidable pièce de théâtre tirée du livre "Oscar et la dame rose", alors là oui…. Oui ce Dieu-là, moi j'y crois. Cela pourrait sembler stupide pour certain, mais parfois et plus souvent qu'on ne le croirait, je parle à ce Dieu, ce Dieu qui accepte mes mots et mes maux. Ce Dieu que j'appelle à l'aide parfois lorsque je me déplace à pied avec ma canne blanche et que je suis face à une difficulté. Alors, je l'appelle, je lui dis que je pourrais être son fils, que nous sommes tous ses fils et je lui demande de m'aider, d'avoir pitié. Alors est-ce juste le fait d'avoir parlé et d'avoir dit ma souffrance momentanée qui m'a soulagé? Soudain, tout devient plus clair, je m'apaise et je trouve la réponse à obstacle. Alors oui, ce Dieu-là, ce Dieu d'Oscar et la dame Rose, j'y crois.
Je ne suis d'aucune religion. J'ai été baptisé catholique lors du mariage de mes parents alors que j'avais quatre ans, pour faire plaisir au curé car ma mère n'était pas baptisée et avait payé une dispense pour pouvoir se marier à l'église. Tout ça pour faire plaisir aux parents de son futur mari qui ne sont pas venus au mariage! Mais ce baptême me dérange, il n'est pas mien, je ne reconnais pas cet Eglise d'orgueil, de fric, de débauches, cette Eglise qui résume à elle seule tous les péchés capitaux. Par contre l'Eglise protestante, plus vraie, plus proche des gens, dont les pasteurs peuvent vivre une vie normale, être mariés, avoir des enfants, me semble plus vraie. La religion musulmane elle-même a bien des aspects sympathiques lorsqu'elle n'est pas extrémiste. De toute façon tous les extrêmes sont condamnables… Gérard
Seigneur, tu sais mieux que moi
que je vieillis et qu'un jour je ferai partie des vieux.
Garde-moi de cette fatale habitude de croire
que je dois dire quelque chose à propos de tout et en toute occasion.
Débarrasse-moi du désir obsédant
de mettre en ordre les affaires des autres.
Rends-moi réfléchi et non maussade, serviable mais non autoritaire.
Il me paraît dommage de ne pas utiliser toute ma vraie réserve de sagesse,
mais tu sais, Seigneur… que je voudrais garder quelques amis.
Retiens-moi de réciter sans fin des détails,
Donne-moi des ailes pour parvenir au but.
Scelle mes lèvres sur les maux et douleurs, bien qu'ils augmentent sans cesse
et qu'il soit plus doux, au fil des ans, de les énumérer.
Je n'ose pas te demander d'aller jusqu'à prendre goût au récit des douleurs des
autres,
mais aide-moi à les supporter avec patience.
Je n'ose pas te réclamer une meilleure mémoire
mais donne-moi une humilité grandissante et moins d'outrecuidance
lorsque ma mémoire se heurte à celle des autres.
Apprends-moi la glorieuse leçon qu'il peut m'arriver de me tromper. Garde-moi…
Je n'ai pas tellement envie de la sainteté : certains saints sont si difficiles à vivre !
Mais une vieille personne amère est assurément l'une des inventions suprême du démon.
et de reconnaître des talents chez des gens où on n'en voyait pas.
Et donne-moi la grâce pour le leur dire… Amen !
Prière écrite par une religieuse anglaise au XVII° siècle –
communiquée par André Costabel 3 rue du Moulin à Vent 30540 Milha
♠ Je ne crois pas...
Je ne crois pas que Dieu ait un fils. Pourquoi pas une fille ?
Je ne crois pas qu'un homme ait été conçu du Saint-Esprit et soit né d'une vierge.
Je ne crois pas aux miracles de Jésus.
Je ne crois pas à la vision, par les apôtres, de Jésus ressuscité.
Je ne crois pas que Jésus soit le sauveur de l'humanité.
Je ne crois pas à la présence de Jésus au cœur d'un morceau de pain.
Si je me permets de déclarer tout cela, ainsi, un peu brutalement, c'est que bien des chrétiens, y compris la plupart des membres de la hiérarchie catholique, en parlent comme si c'était des réalités physiques historiques…, même si ce n'est pas de fait l'essentiel de la théologie et de l'exégèse. Nous sommes en pleins mythes, comme dans les religions grecque, romaine et égyptienne d'autrefois. Ayons, chrétiens du 21ème siècle, l'intelligence de comprendre et le courage de le dire. Car ce n'est pas déshonorant, ni pour la réflexion ni pour la foi, de proclamer cela. Derrière l'expérience mystique de la première communauté chrétienne, face à leur ami Jésus, il y a toute une expérience humaine, profonde et même divine… mais dite dans les cultures juive et grecque de l'époque.
Dieu n'est pas lié à l'humanité par un événement historique exceptionnel (la naissance, la vie, la mort de Jésus). Les premiers apôtres ont compris la présence continuelle de Dieu au cœur de chaque homme. Mais ils l'ont dit dans leur vision de l'époque, à leur manière. Nous avons à dire la même réalité dans notre culture actuelle: tout être humain est né aussi de Dieu, et pas seulement Jésus.
Jésus n'est pas le sauveur de l'humanité. Pour moi, cette expérience mystique des apôtres, j'ai envie de la dire d'une autre façon:
C'est à chaque être humain d'être le sauveur de son voisin.
C'est à chacun de nous d'accepter d'être sauvé par son voisin.
Dieu ne se situe:
- ni à l'origine de l'univers: la création. Le monde a-t-il commencé ? C'est une question scientifique et non plus religieuse. La création, ce n'est le dogme du début du monde, mais l'affirmation que tout ce qui existe aujourd'hui vient toujours de Dieu. La création, c'est du présent et non du passé.
- ni à l'extérieur, là-haut: bien des chrétiens réagissent encore dans cette conception religieuse : "Il descendit du ciel… Il monta au ciel." Le premier astronaute russe au retour a déclaré: je n'ai pas rencontré Dieu.
- ni à la fin de l'humanité, marquée par le retour de Jésus et la résurrection générale: les premiers chrétiens vivaient dans l'espérance du retour de Jésus-Christ, dans les mois ou les années qui allaient venir. Nous sommes encore dans cette visée de la résurrection générale à la fin des temps: "Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts". Il nous faudra attendre encore combien de siècles ? Comme pour la création, l'avenir et la fin du monde sont des questions scientifiques et non plus religieuses.
Mais c'est Dieu qui, au sein des mystères de chacun, donne un sens à l'avenir de l'humanité. Alors laissons de côté nos références au passé, et prenons tout notre temps pour commencer à vivre aujourd'hui ce que nous souhaitons que soit demain. Le regard des apôtres sur Jésus, c'est le regard que j'ai sur tout être humain, sur l'avenir de l'humanité.
Bien des hommes, bien des femmes le vivent actuellement, qu'ils soient chrétiens ou d'une autre religion, ou même athée, non-croyants. Nous avons ensemble à dire cette expérience qui nous est commune, même s'il nous faudra encore beaucoup d'années pour la dire par des mots, des images identiques. Donnons au christianisme un avenir qui ne soit pas celui d'une religion à part, qui s'appuie sur un évènement passé, mais celui d'un grand rêve, d'une utopie de ce que nous souhaitons que soit demain :
- Tout être humain est un mystère au plus profond de lui-même, que chacun ne peut même pas arriver à dire. Tout être humain est un absolu, quels que soient sa race, son âge, sa culture… Chrétien , je crois que tout être humain est habité par Dieu, est parole de Dieu, présence de Dieu… et pas seulement Jésus.
- C'est dans la solidarité, la fraternité, l'amitié, l'amour que se construit l'avenir de l'humanité. Chrétien, je crois qu'au-delà de nos tendances naturelles à la haine, la violence, la guerre… une humanité tout autre est susceptible de naître. Nous avons à lutter ensemble pour faire surgir cette humanité encore inconnue, parce que divine.
De plus en plus, je n'ai pas envie d'utiliser le mot "Dieu". J'ai plus envie de parler du divin qui est au plus profond d'entre nous et nous pousse à faire surgir un tout autre monde. Le divin appartient à notre nature humaine.
Un chrétien d'Orléans
Jésus n’est ni un dieu, ni un surhomme, ni un envoyé spécial tout droit venu du Ciel avec une lettre de mission en poche, ni le médiateur universel entre Dieu et les hommes, ni même le fondateur du christianisme.
Il fut et reste un Juif galiléen du 1er siècle de notre ère, un homme comme chacun de nous, né d’un père et d’une mère et enraciné dans le judaïsme de son époque dont les piliers essentiels étaient la Loi (écrite et orale) et le Temple. En effet, hors de la pratique scrupuleuse de la Loi et de l’accomplissement des rites au temple de Jérusalem - proclamaient les tenants de l’orthodoxie et du pouvoir religieux d’alors - , pas de salut.
Dans la fièvre de son temps où la plupart des groupes religieux guettaient l’avènement du règne de Dieu qui anéantirait les impies et ferait triompher les “ justes ”, Jésus se mit lui aussi à annoncer la venue de ce royaume mais d’une manière tout à fait originale. En s’inspirant des sources les plus pures de sa tradition, il souhaitait rénover et réformer la religion dont il était issu, pervertie par le légalisme et le ritualisme.
Tandis que les uns affirmaient que seuls ceux qui observaient scrupuleusement la lettre de la Loi (et les fameux 618 commandements) seraient sauvés, Jésus a osé prendre le contre-pied au nom même du visage du dieu dont il se réclamait. La Loi est faite pour l’homme et non l’inverse. Ce qui compte, c’est ce qui sort du cœur … Quelque soit son passé, rien n’est fatal pour l’homme. Tout être a un avenir possible, y compris les prostituées, les publicains, les “ impurs ”, etc. Tandis que les autres fondaient leur sécurité sur le Temple (“ Maître, regarde ces pierres ! ”), Jésus n’a pas craint d’affirmer que les vrais adorateurs de Dieu l’étaient en esprit et en vérité et que le Temple n’avait pas les promesses de la vie éternelle ! Tandis que d’autres encore, les esséniens, s’isolaient pour vivre dans un état de pureté rituelle grâce à des bains de purification et ainsi se mettre à l’abri de toute contamination venant des “ impurs ”, Jésus s’est plu à frayer avec les gens de mauvaise réputation et à s’asseoir à leur table : à eux aussi, Dieu s’offrait comme partenaire.
On sait où ce combat a conduit Jésus, combat qui a libéré, éveillé, remis debout tant d’hommes et de femmes. Suspecté, calomnié, en butte à mille tracas, il a fini par être arrêté, torturé et exécuté comme blasphémateur de Dieu. Pourtant, la brèche qu’il a ouverte ne s’est jamais refermée depuis 20 siècles et son témoignage continue, aujourd’hui comme hier, à inspirer nombre d’êtres en quête de leur humanité. Je suis de ceux-là.
Ce qui me passionne en effet chez Jésus, c’est sa liberté intérieure, son attention aux gens et d’abord à ceux qui étaient les plus marginalisés, sa foi dans les possibilités spirituelles des êtres, son courage et sa lucidité, l’importance qu’il accordait à des temps de ressourcement intime, en présence de Celui qu’il appelait son Père, la vérité de ses paroles accordées à ses actes, son rejet des apparences et son goût pour l’authenticité, sa capacité à se remettre en cause et à découvrir sans cesse, grâce aux évènements et aux rencontres, son propre chemin, enfin son intériorité où il puisait lumière et force pour inventer sa voie.
Je ne prie plus Jésus. Je ne lui demande rien, mais je recueille en moi, avec émerveillement, les traces de son passage parmi nous. Je les médite, je fais descendre au plus profond de mon être ses paroles de lumière et ses actes de libération afin qu’ils m’éveillent, me réveillent, me bousculent, me stimulent et me confirment. Ainsi Jésus m’est-il infiniment présent, comme un ferment, comme un appel, comme un horizon. De cette manière, j’espère être à sa suite disponible à Dieu, source commune d’humanisation, à l’œuvre au plus intime de chaque vie.
Sur les chemins d’humanité, Jésus nous précède, “ l’un d’entre nous avec une intensité d’exception ” (Stanislas Breton). Il demeure le compagnon de toujours, que je n’ai jamais fini de connaître et de reconnaître, qui me reste d’autant plus mystérieux qu’il me devient plus familier, mais que je découvre davantage à la faveur de mon propre approfondissement dont il est avec moi l’acteur silencieux. Il est de ma responsabilité - c’est aussi la charge de ceux qui vivent de son esprit - de le re-susciter à longueur de jours et de siècles. Sinon, comment demeurerait-il vivant parmi nous !
Jacques Musset
membre de l’Association culturelle des amis de Marcel Légaut -
Texte écrit en réponse à la question : “ Et pour vous, qui suis-je ? ”
J'ai lu un livre*. Les lignes qui suivent ne prétendent pas en faire une présentation objective ou un résumé mais elles essaient simplement d'exprimer ce que j'ai ressenti, découvert et ce que je crois. Car il y a un monde entre le Jésus de Nazareth avec ses convictions, ses perturbations, ses énormités, ses transgressions tel qu'il apparaît dans certains textes des évangiles et toutes les interprétations, toutes les orientations théologiques avec leur pointillisme que les religions ont engendrées…
1. Un langage simple, un message toujours neuf
Voici un langage imagé, provocateur :
"Ne vend-on pas cinq moineaux pour dix francs ? "Chaque cheveu de votre tête est compté" (Luc 12, 6-8)
"Quel père donnerait à son fils une pierre quand il attend du pain ?" (Mt 7, 10)
"Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil et alors tu verras clair pou ôter la paille de l'œil de ton frère" (Mt7, 5)
"Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu qu'à une corde de passer par le chas d'une aiguille" (Lc 18, 25; Mc 10, 25; Mt 19, 24)
"Le royaume de Dieu est à l'intérieur de vous, il est nulle part ailleurs (Lc 17, 21).
Et voici aussi des apostrophes cinglantes envers l'esprit méticuleux, celui qui tient compte du détail mais perd de vue l'essentiel, la réforme intérieure :
"Vous filtrez le moustique, mais vous avalez le chameau" (Mt 25, 24)
'"Vous nettoyez l'extérieur du verre et de l'assiette mais l'intérieur est tout plein de butin volé et de vice" (Mt 23, 25)
"Je suis venu jeter le feu sur la terre" (Lc 12, 49).
Jésus a un langage concret. Il exprime la vie, l'expérience quotidienne, il vit intensément, il aime parcourir les chemins de campagne. Et si l'on consent à regarder le monde d'un œil neuf, avec une conscience limpide, on devine le paradis potentiel de ce monde ! Comme si la nature, pour célébrer l'année nouvelle au printemps, se revêtait de pourpre (Mt 6, 28). Et même les monotones déserts, les régions glacées des pôles, les cristaux invisibles noyés dans les roches, l'évident bonheur des alouettes dans la lumière des midis d'été… Le leitmotiv de Jésus, c'est la vie, vie intégrale, puissante, dévorante, féconde, prolifique.
Jésus exagère parfois. C'est un signe de vitalité, c'est l'exubérance de l'esprit et du cœur. L'évangile n'a rien d'une "sagesse"; c'est un appel à une autre façon d'être, un appel pressant, exigeant, parfois cruel. Jésus dit :
"Vends tous tes biens, donne l'argent aux pauvres" (Mc 10, 17; Mt 19, 14; Lc 18, 18) et le jeune homme se retire, triste.
"J'arrive tout de suite. Mais laisse-moi d'abord enterrer mon père" (Mc 8, 10; Lc 9, 58) répond un invité. La réplique est terrifiante: "Laisse les morts enterrer les morts".
"Aimez vos ennemis" (Mt 5, 44 Lc 6, 27 et 6, 32)
"Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre" (Mt 5, 39; Lc 6, 29)
2. Un style spontané, un message qui touche
Ainsi, si nous écoutons avec attention parler Jésus, nous rencontrons un tempérament vif, primesautier, assez imprévisible, un être modeste, vraiment bon et travaillé par une passion intérieure. La parole de Jésus est concrète, spontanée, toujours jeune. C'est un langage qui parle encore aujourd'hui. Et nous entendons un message qui interpelle parce qu'il nous touche maintenant comme aux premiers temps. C'est parce que Jésus n'institue pas une religion, avec ses dogmes et ses rituels, que ce message reste vivant et n'a pris aucune ride. Il ne propose pas un culte, il appelle à une conversion. Il ne propose pas un ordre nouveau, il invite à une autre façon d'être, une nouvelle disposition orientée vers d'autres plaisirs inconcevables : celui de donner, d'aider, de pardonner… Pour Jésus, "quand tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu": Dieu n'est plus au "ciel", il est autour de nous, dans tous les frères humains que nous rencontrons ! "L'arrivée du royaume de Dieu n'est pas observable du dehors, on ne dira pas : il est ici, ou : il est là, car, voyez-vous, le royaume de Dieu est à l'intérieur de vous (Lc 17, 20). Le royaume de Dieu* ne vient pas s'imposer, il ne "tombe pas du ciel"; il ne fait qu'éclore en nous peu à peu et sa venue dépend de notre capacité d'accueil : ce n'est pas une chose extérieure, c'est une disposition intime. Le trésor est là, en nous, dès aujourd'hui: il suffit d'y être attentif; l'être nouveau attend en moi d'être reconnu et mis au monde (n'est-ce pas d'ailleurs ce que la théologie a matérialisé sous le nom de résurrection!).
Si Jésus interpelle les intellectuels, les docteurs, les pharisiens, c'est parce qu'ils figent la réflexion en construisant des dogmatismes, en forgeant des catéchismes. Le "pauvre en esprit" a l'ingénuité des enfants, la spontanéité de l'artiste et il conserve l'intelligence du cœur. D'ailleurs, ce qui nourrit en nous la fraternité, la bonté, la solidarité -en un mot l'humain- ne provient ni des connaissances, ni de la réussite sociale. L'essentiel se cache dans la spontanéité affective, celle de l'enfant qui est en nous : "Je te félicite, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux savants, aux avisés et de les avoir révélées aux enfants" (Mt 11, 25; Lc 10, 21).
Ainsi, à travers les propos de Jésus, nous découvrons un certain style* et nous entendons presque sa voix dont le timbre est unique. Nous le reconnaissons assez facilement dans les trois évangiles synoptiques de Luc, Marc et Matthieu qui ont mis par écrit les paroles même de Jésus qui s'étaient gravées dans les mémoires : réparties vives et inattendues, paradoxes et paraboles....
3. Une parole interprétée, un message orienté
La parole de Jésus a souvent été tamisée dans les écrits et elle s'est embuée avec les années du poids des coutumes et des pratiques. Pour mieux sentir qui est vraiment Jésus, il faut essayer de distinguer les mots spontanés qu'il a réellement prononcés et les observations personnelles des rédacteurs de textes: même Matthieu, avec son érudition biblique, accumule des références à la Thora et Luc qui fut un ami de St Paul a un don de poésie et est un écrivain. Quant à l'évangile de Jean (nom collectif qui désigne un groupe de juifs chrétiens), plus tardif, déjà inspiré par une théologie en formation, les paroles même de Jésus ne sont pas présentées en direct et l'homme de Galilée n'apparaît pas avec le même style*: là, Jésus parle de lui-même, se met en avant, insiste sur ses relations avec son Père, se présente comme Messie envoyé par Dieu, se déclare "lumière du monde"(8,58), "pain de vie" (6,35), "voie, vérité et vie", (10,6) "résurrection et vie" (11.25), affirme "Personne n'accède au Père si ce n'est par moi"…
De plus les derniers mots de Jésus sur la croix sont en réalité tirés des psaumes. Le Magnificat est un bouquet de citations bibliques. Et personne n'était évidemment là pour entendre la conversation de Jésus dans le désert ou son dialogue avec le diable ! Dans ces textes on ne reconnaît plus le Jésus des trois évangiles synoptiques, humble, discret, qui ne se prétend pas Dieu ou fils de Dieu et qui répond quand on l'appelle "bon maître" : "Pourquoi m'appeler bon maître ? Seul Dieu est bon " (Mc 10, 18 et 18, 18; Mt 19, 16).
Nous le reconnaissons encore moins facilement parfois dans les propos de Paul… et je ne dirai rien des exégètes, bulles, encycliques, lettres pastorales… qui, même lorsqu'elles veulent clarifier, élucider, voilent souvent la spontanéité originale des propos de Jésus.
4. Jésus "christianisé", un homme déifié
La tendance à "christianiser" le langage de Jésus apparaît déjà chez Marc quand Jésus annonce sa mort et sa résurrection (8, 3; 9, 31; 10, 3). Un tel langage à connotation théologique prendra une place croissante jusqu'à envahir, plus tard, l'évangile de Jean.
Or le Christ proprement dit et sa mission relèvent de la foi, tandis que le vêcu de Jésus de Nazareth dépend de la mémoire des témoins. La foi avec les interprétations sur des phrases faussement attribuées à Jésus et surtout les textes des épîtres de Paul, rechignant à admettre l'humanité de Jésus, va perdre de vue l'homme de Galilée pour revêtir le Christ en majesté, juge des dernier temps. Et pourtant dans Marc (15, 2), à la question sarcastique de Pilate: "Tu es le roi des juifs ?", Jésus donne une non-réponse "C'est toi qui le dis"!
Mais, ce qui a conquis le monde, ce n'est pas une religion de plus, une théologie, une doctrine; c'est la voix impérissable et proche de nos cœurs d'un être qui a mieux exprimé que quiconque ce qu'il y a en nous de plus spécifiquement humain. Un être si profondément humain que, malgré les siècles et la diversité des cultures, nous le reconnaissons encore. Or, de l'homme Jésus, on a construit le Christ pour être le médiateur entre Dieu et les hommes. Le premier, Jésus, a un tempérament complexe de routier, de poète, de meneur d'hommes, de révolutionnaire; le second, le Christ, est un être mythique. L'emprise de la théologie nous a éloignés de Jésus en le confondant pour prétendre le glorifier. En divinisant Jésus, le trahit-elle car il n'a rien affirmé sur lui-même et est resté parfaitement discret sur sa vraie nature ?
5. Parole et foi
Une lecture attentive des différents textes évangéliques nous invite à bien distinguer ce qui est le compte-rendu des réactions exactes de Jésus (ou la mémoire de ses paroles) des interprétations et orientations prises ensuite par ses fans. Il ne s'agit pas ici de critiquer, encore moins de juger ces dernières car elles reposent sur ce qu'on appelle la foi.
M'est-il cependant permis de préciser ici qu'à une foi définie, codifiée qui répond aux principes théologiques d'une Eglise et qui peut peser comme un carcan sur l'esprit, je préfère la "confiance*" qui donne un sens à notre vie: "Ce que vous demandez dans cos prières vous l'obtiendrez si vous avez confiance" (Mt 21, 22; Mc 11, 24; Jn 13, 24; 15, 7; 15, 16; 16, 23).; "Cherchez et vous trouverez, demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira" (Mt 2; Mc 7, 2; Lc 11,9). Car la confiance émane du cœur, émerge de l'amour, procure la paix de l'âme par un certain détachement à l'égard des biens temporels éphémères. La confiance est vivante et croît avec le temps. Dans la confiance, ce n'est pas seulement la "tête", c'est la personne entière qui participe et s'engage.
Les convictions de l'homme Jésus et son message me touchent profondément. Par contre, la déification de Jésus, sa christianisation -qui est une interprétation- m'interpellent mais je n'arrive pas à suivre. Parce que j'admire Jésus, homme accompli et parce que son "Dieu", tellement intérieur, tellement proche, tellement humaniste, me semble très attachant, je suis invité à être le disciple du prophète Jésus. Par contre comment pourrai-je accepter d'être un fidèle docile et souple d'une religion qui ligote. Je ne me sens pas concerné par tout le fatras, le pointillisme des religions qui déifient le message de Jésus en l'interprétant (le confisquant ?). Alors faut-il jeter le bébé Jésus avec l'eau du bain de la religion ? C'est souvent ce qui se passe mais pour ma part, je ne peux pas. Mais je ne peux pas non plus m'appuyer sur une religion pour découvrir le Jésus seulement homme que j'admire et qui m'invite à le suivre… Alors ? Je partage tout à fait la réflexion d'Albert Jacquard : "Est-ce parce qu'il est Dieu, ou "fils de Dieu consubstantiel au Père", ou simplement un homme qu'il faudrait prendre au sérieux ou au contraire négliger ce que dit Jésus ? Je préfère L'écouter, réfléchir à ce qu'il propose et éventuellement y adhérer. Mais pourquoi me poser des questions sur Sa nature divine, auxquelles je ne pourrai jamais avoir de réponses rigoureuses ?"
Pascal JACQUOT
* Si vous souhaitez découvrir davantage le style de Jésus, mieux comprendre le royaume du Dieu de Jésus, avoir confiance et mieux appréhender une conversion, une renaissance comme Jésus nous y invite, lisez "Jésus en direct" de Jean Onimus, Edition Desclée de Brouwer
♠ Hors de l'Eglise, le salut ?
(à propos de la plaquette Jacques Gaillot, 10 ans déjà... , "Parvis" Hors-Série n° 12)
Cette plaquette rend témoignage à un homme pour lequel je n'éprouve que de la sympathie. Mais le "cas d'école" qu'il représente nous oblige à dépasser le cas particulier : l'histoire seule peut nous aider à comprendre ce qui lui est arrivé, et ce qui nous arrive.
On peut y lire que l'exclusion de J. Gaillot est "une décision exceptionnelle dans l'histoire de l'Église " (1). Écrire cela, c'est ignorer totalement l'histoire de l'Église. L'historien doit quand même rappeler que l'Église s'est construite sur l'exclusion et par l'exclusion.
Ceci, dès son origine : Paul exclut les autres apôtres, "ces gens qui se prennent pour quelque chose - ce qu'ils croient être, je n'en ai rien à faire"(2). Pierre exclut Paul (3), Jacques exclut Pierre (4)... Sans oublier le mystérieux disciple que Jésus aimait, qui joue un rôle capital dans la vie de Jésus et la première transmission de ses gestes et paroles - et qui est radicalement exclu de l'Église, au point de ne plus apparaître que comme une ombre dans le IVè évangile (5).
Faut-il continuer ? D'Arius (prêtre d'Alexandrie) à Nestorius (évêque de Constantinople) puis à Drewermann et Gaillot, la liste est très longue de ceux qui ont été exclus par l'Église.
L'Église est fondée sur le double langage : elle prêche l'amour de l'autre, mais elle ne doit son existence et sa survie qu'à l'exclusion des autres. Aux origines ce fut, rappelons-le, fort difficile : juive par sa naissance, créée sur le tombeau d'un juif, elle ne vient au jour qu'en reniant son judaïsme originel (6) - pour ensuite persécuter les juifs. Rejetant les dieux du paganisme au motif que ce sont des figures humaines divinisées, c'est en divinisant un homme qu'elle se constitue. Refuser d'être juive quand on l'est de naissance, et prétendre dépasser le paganisme quand on l'adopte, c'est un des tours de passe-passe fondateurs de l'Église. A chacune de ces étapes fondatrices, l'exclusion violente fut le moyen de l'existence et de la survie de l'Église.
Faut-il s'étonner ? Non. Le "cas Gaillot" est la répétition d'un scénario qui se met en place dès le dimanche 9 avril 30, quand le tombeau est trouvé vide aux portes de Jérusalem. Et qui, depuis, ne cesse de se répéter. Ce qui distingue J. Gaillot, c'est la médiatisation de son affaire. Mais ils sont des dizaines de milliers à avoir connu le même sort que lui. C'est mon cas, personne n'en parle et c'est bien ainsi.
Comment vivre, quand on sait cela ?
Nous devons tous à l'Église d'avoir pu connaître le fils de Joseph, Jésus le nazôréen. Sans ces apôtres, Jésus serait resté un Prasekha Bouddha : un Éveillé inconnu.
Nous leur devons d'avoir transmis ce que nous pouvons savoir de Jésus. Mais nous leur devons aussi de l'avoir transformé en Dieu, à la mesure de leur ambition qui était de conquérir le monde - ce qu'ils ont fait. Nous leur devons d'avoir fait passer leur ambition - le pouvoir - avant tout, avant Jésus lui-même.
N'attendons pas de l'Église qu'elle devienne, miraculeusement, ce qu'elle n'a jamais pu être, ce qu'elle ne sera jamais : l'expression visible, sur cette planète, du "Royaume" annoncé par le nazôréen. N'attendons pas qu'elle se transforme : si elle pouvait le faire, elle l'aurait fait depuis longtemps. Les occasions n'ont pas manqué, des hommes et des femmes éminents l’ont souvent tenté. Cela ne s'est pas fait : cela ne se fera pas.
Comprenons que l'Église chrétienne, comme l'Église musulmane, ne peut renoncer ni à ses dogmes, ni aux pratiques nécessaires pour préserver ces dogmes. Qu'elle ne peut pas renoncer à l'autoritarisme constitutif qui est le sien. L'Islam sans le Djihad n'est plus l'Islam, l'Église chrétienne sans l'intolérance n'est plus l'Église.
Les sociétés totalitaires sont bâties comme un jeu de dominos. Le jour où le Parti Communiste français a renoncé au dogme de la lutte des classes, il s'est effondré. Le jour où l'Église renoncera au plus petit de ses dogmes, elle s'effondrera. Les papes le savent, et c'est pourquoi il n'y aura jamais de pape réformateur. Ni de prêtres mariés, ni de femmes ordonnées. Ni de J. Gaillot, qui serait évêque tout en restant J. Gaillot.
Que faire?
Revenir à Jésus, d'abord. Nous avons aujourd'hui des moyens de le connaître et de le rencontrer, dont nos parents ne disposaient pas. Malgré tout, ils ont souvent su le trouver : honte à nous, si nous ne travaillons pas à mieux connaître Jésus, avec les moyens dont nous disposons maintenant.
Ensuite, ne pas haïr l'Église : et pour cela, ne nourrir à son égard aucune illusion. Elle fait ce pour quoi elle est née, ce qu'elle a toujours fait : conquérir le pouvoir, puis le conserver. Laissons à Don Quichotte la lutte contre les moulins : l'Église est inamovible. On ne peut pas lui en vouloir, c'est sa nature. Tenter de la faire évoluer, c'est cultiver d'abord la déception, puis la rancœur, et enfin l'agressivité.
Et encore : Aimer sincèrement les hommes et les femmes qui composent cette Église-là. Même Ies prélats, allez ! Ce sont les victimes de leur aveuglement. Mais sans cet aveuglement, ils ne seraient plus prélats.
Tâcher de trouver quelques autres qui savent tout cela, et ne s'usent donc plus en vain pour transformer l'Église-mammouth en gracieuse libellule. Mais qui aiment Jésus, veulent s'asseoir à ses pieds, faire silence et l'écouter.
Dès qu'on rencontre quelques personnes (on ne fera jamais nombre) qui aiment ainsi Jésus : s'asseoir avec elles, émerveillés de pouvoir partager le même amour.
Hors de l'Église, le salut ? Hélas. L'Église est un tremplin : on ne s'envole que quand on l'a quittée.
L'aimer, parce qu'elle nous a donné l'élan initial. La quitter pour le poursuivre. Regretter qu'elle ne puisse pas suivre : mais ne pas la regretter, elle. Aimer enfin ceux qui ne peuvent pas vivre sans elle : ils seront peut-être les tremplins de nos enfants, demain.
Michel Benoît, janvier 2005
1 - Plaquette Jacques Gaillot, 10 ans déjà ... , p.7.
2 - Gal 2,6
3 - Il fait tout ce qu'il peut pour, mais il échoue: Ga12.
4 - Act 15, 13 et suivants.
5 - Jn 1, simple allusion. A partir de Jn 13, cinq mentions discrètes.
6 - Voir, par exemple, la remarquable démonstration de Paul dans l'épÎtre aux Romains.
Michel Benoît, auteur de "Dieu malgré lui, nouvelle enquête sur Jésus", (Robert Laffont, 2001) anime une session en juin à St Jacut de la Mer sur « La personne de Jésus fils de Joseph peut-on le connaître, et le rencontrer ? »
Je crois en la vie reçue gratuitement.
Je crois en la Source de cette vie,
présence aimante qui nous accompagne
depuis notre naissance jusqu'à notre mort et au-delà encore.
Je crois en la Création tout entière
qui nous est prêtée: elle nous porte et nous nourrit.
Je crois en l'être humain, homme, femme et enfant
à qui cette création a été confiée.
Nous en sommes les gérants
et nous portons la responsabilité de la maintenir vivante et saine
pour celles et ceux qui nous succéderont.
Je crois qu'en chacun d'entre-nous est déposée une plénitude
qui ne demande qu'à être découverte et développée
afin que nous portions des fruits de paix et de liberté, de bonté et de beauté.
Je crois que la force nous est donnée
pour accomplir ce à quoi chacun d'entre-nous est appelé.
Je crois que l'Esprit agit en nous.
Il vient nous libérer de nos peurs et de nos angoisses.
Je crois que nos faiblesses nous apprennent l'humilité
et nous invitent ainsi à ne juger personne.
Je crois que notre foi se renouvelle chaque jour:
elle puise ses racines dans les chercheuses et les chercheurs de sens qui nous ont précédés.
Elle est le fruit d'un lieu et d'une culture donnés.
Elle est appelée à se transfigurer.
Je crois que le doute est nécessaire pour ne jamais nous sentir arrivés car tout chemin se fait en marchant.
Je crois qu'aucune tradition religieuse ou laïque
ne détient la Vérité pleine et entière.
Je crois au contraire que les religions et les sociétés de par leur incomplétude
ont à travailler en solidarité pour défendre une éthique planétaire commune
sans laquelle nous courrons à notre anéantissement.
Je crois enfin que "l'Homme passe l'Homme"
car malgré toutes nos faiblesses, nos égoïsmes et nos manques
nous portons en nous plus grand que nous.
Et cela m'est un émerveillement perpétuel.
Marianne Putallaz
La Pastourelle
♠ Parler de Dieu et de Jésus entre croyants
Ce texte est une réaction au langage que j'entends en milieu chrétien notamment au cours des célébrations.
DIEU.
Pour moi, Dieu est Mystère. Il est l'Inconnaissable, l'Indicible. "Pourquoi jacasses-tu au sujet de Dieu ? Tout ce que tu peux dire de lui est contraire à la vérité." (Maître Eckhart) "De Dieu, on ne peut rien dire." (Karl Rahner). Donc arrêtons d'en parler sans cesse.
Mais l'homme peut se laisser habiter par ce mystère de Dieu, même sans le connaître. Il est "ce qui est de moi, qui ne pourrait être sans moi et qui n'est pas que de moi." (M. Légaut).
Je peux alors parler de divin en l'homme, d'énergie divine, de souffle créateur, de réalité ultime, du moi profond, du moi essentiel, du Soi, du Je, de l'Etre..."Dieu ne fait pas nombre avec l'homme" disait Maurice Bellet. Je souscris.
Mais le langage qui fait de Dieu un personnage extérieur dont on décrit le fonctionnement et auquel on attribue des qualités et des sentiments humains me le rend étranger.
Ainsi, et pour cette raison, je ne peux pas dire :
.Dieu est Trinité ;
.Dieu est père (ou mère) ;
.Dieu nous aime ;
.Dieu s’est fait homme ;
.Dieu accueille, pardonne ;
.Dieu est créateur, tout-puissant, glorieux ;
.Dieu est faible, fragile, vulnérable ;
.Dieu possède le règne, la puissance et la gloire ;
.Dieu veille sur la vie des hommes et du monde ;
.Dieu veut que..., attend de nous que..., appelle l'homme à... Dieu est mort sur la croix (chant à St Bernard).
Pour moi, il n'y a ni parole de Dieu, ni gloire de Dieu, ni dialogue avec Dieu, ni manifestation de Dieu puisque Dieu ne m'est pas extérieur.
Tout ce langage très anthropomorphique appliqué à Dieu me gêne et il a pour moi des relents d'idolâtrie. Pourtant c'est le langage courant de l'Eglise et beaucoup s'y sentent à l'aise...
JESUS
A l'instar des premiers disciples, je ne crois pas que Jésus soit Dieu.
Pour moi, il est un homme, seulement un homme, mais un homme qui a su se laisser complètement habiter par le divin (qu'il appelait abba). Il est ainsi devenu un humain totalement accompli, comme nous sommes tous appelés à le devenir.
C'est le Jésus de l'Evangile, avant l'Eglise et avant les dogmes qui m'intéresse et non les titres qu'on lui a attribués depuis (le Christ, le Fils unique de Dieu, le Sauveur...) et qui risquent d'occulter l'authenticité de son humanité.
J'aimerais, quand on fait ensemble mémoire de Jésus, qu'on se réfère seulement au Jésus de l'Evangile et à son message.
J'aimerais qu'on utilise le récit du dernier repas rapporté par Luc (la plus ancienne des formulations au dire des historiens): "et quand ce fut l'heure, il se mit à table et ses disciples avec lui. Après avoir reçu la coupe et rendu grâce, il dit: "Prenez-la et partagez entre vous, car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne, jusqu'à ce que vienne le Royaume de Dieu." (Luc, 17-18).
On ferait alors passer le pain et le vin en disant simplement: "Le pain en souvenir de Jésus. Le vin en souvenir de Jésus." Ou toute autre parole évocatrice de Jésus.
Et surtout qu'on ne parle pas de corps du Christ, ni de sang versé pour la rémission des péchés, ce que Jésus
n'a sans doute jamais dit, ni pensé.
M. Thérèse ABELA
La vie est comme un tricot. Dieu nous donne la laine et les aiguilles.
Il nous dit : "Tricote de ton mieux, une maille à la fois."
Une maille est une journée, sur l'aiguille du temps.
Dans un mois, 30 ou 31 mailles. Dans dix ans : 3650 mailles.
Quelques-unes sont à l'endroit, d'autres sont à l'envers.
Il y a aussi des mailles échappées, mais on peut les reprendre.
Que mailles manquées !
La laine que Dieu m'a donnée pour tricoter ma vie est de toutes les couleurs;
Rose comme mes joies,
Noire comme mes peines,
Grise comme mes doutes,
Verte comme mes espérances,
Rouge comme mes affections,
Bleue comme mes dédirs,
Blanche comme mon don total à celui que j'aimme.
Seigneur, donne-moi le courage de terminer mon tricot,
Afin que tu le trouves digne de l'exposition éternelle des travaux des hommes.
R. Allais
Je ne
croirai jamais que Christ est mort pour moi ;
je veux croire qu'il est vivant pour nous tous.
Je ne
croirai jamais en un dieu qui serait là pour nous juger ;
je veux croire en Dieu qui nous accepte tels que nous sommes.
Je ne
croirai jamais que l'enfant qui vient de naître
porte le poids d'un péché qui eut lieu des millénaires avant sa venue au monde.
Je veux croire en la positivité de la vie,
au geste inaugural de commencement absolu, présent en toute naissance.
Je ne
croirai jamais qu'il nous faudrait souffrir pour mériter demain un paradis ;
je veux croire au bonheur de la vie,
à la fragilité de l'existence,
à la possibilité toujours donnée d'accéder à la vie éternelle.
Je ne
croirai jamais aux histoires de double nature,
de trinité ou d'immaculée conception ;
je veux croire à l'appel de notre Dieu, à la dignité humaine,
à la liberté souveraine de la conscience.
Je ne
croirai jamais que la nature soit mauvaise et que le corps soit méprisable;
je veux croire que Dieu nous a donné la chance de la vie,
la joie du corps fait pour aimer, le risque de la rencontre,
l'espérance de ce qui vient.
Je ne
croirai jamais en un Dieu qui ne serait présent que pour les seuls chrétiens;
je veux croire que Dieu est à l'œuvre dans toutes les cultures
qu'il parle au cœur de l'homme,
sans se soucier des frontières artificielles
dans lesquelles nous nous emprisonnons.
Je ne
croirai jamais que la résignation et l'obéissance soient des vertus;
je ne peux croire qu'à la tendresse partagée, à l'avenir toujours ouvert,
à ce Royaume qu'il nous faut construire, aux côtés de notre Dieu.
En
Grec, "hérésie" désigne un choix, quel qu'il soit.
Est par conséquent "hérétique" quiconque choisit ce qu'il veut croire.
Il y a des hommes et des femmes
Qui croient assez en Jésus pour s’inspirer foncièrement de lui dans leur vie, mais sans jamais penser qu’il soit Dieu, Fils Unique, Seconde Personne de la Trinité.
Il y a des hommes et des femmes
Qui ayant cru longtemps que Jésus était Dieu, soit par discipline, soit par conformisme, soit par conscience profonde et vivante d’un mystère d’Amour, ont cessé de croire en lui de cette façon, par prise de conscience d’un Jésus, prophète exceptionnel de Dieu, et témoin non moins exceptionnel de la grandeur de l’homme, ferment d’humanité par le témoignage de toute sa vie et de sa mort.
Ces hommes et ces femmes
Se trouvent en porte à faux constant et en frustration fondamentale dans les expressions de la vie de l’Eglise, même la plus ouverte ( son type de structure, d’autorité et de partage ; sa prière liturgique, foncièrement trinitaire ; sa façon de parler de Jésus ou de s’adresser à lui ; son interprétation imposée des récits évangéliques) ; sans pouvoir faire état de leurs propres manières d’être disciples de Jésus, de s’inspirer de lui dans leur vie ; sans pouvoir proposer d’autres types de célébrations qui leur sembleraient plus authentiques.
Il nous semble important que ces hommes et ces femmes,
Respectant ceux qui adhèrent au credo officiel de l’Eglise,
Puissent partager entre eux leurs expériences de disciples de Jésus afin d’en mieux déployer la richesse et la fécondité, dans une libre fidélité à eux-mêmes et dans un esprit résolument œcuménique.
Georges Sauvage
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